
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad s'est entretenu dimanche de la sécurité dans le Golfe avec son homologue émirati, cheikh Khalifa Ben Zayed Al-Nahyane, peu après son arrivée à Abou Dhabi pour la première visite d'un chef d'Etat iranien aux Emirats arabes unis.
Cheikh Khalifa a souligné durant l'entretien l'importance d'"éliminer les causes de tension au Moyen-Orient", particulièrement dans la région du Golfe, selon l'agence officielle émiratie Wam.
La visite de M. Ahmadinejad intervient au lendemain de celle du vice-président américain Dick Cheney dans cette monarchie arabe du Golfe alliée des Etats-Unis.
M. Cheney avait notamment averti que Washington ne permettrait pas à l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire.
Dans ce contexte tendu, les Etats-Unis et l'Iran se sont toutefois tous deux déclaré d'accord dimanche pour des entretiens bilatéraux sur l'Irak.
Lors de ses discussions avec M. Ahmadinejad, le président émirati a souligné que "la communauté internationale devrait prendre en considération, dans toutes ses décisions afférentes (au Golfe), les intérêts de tous les pays et peuples de la région d'une manière qui assurerait la sécurité (...) et un développement continu", selon Wam.
Engagé dans un bras de fer avec l'Occident sur son programme nucléaire, l'Iran, qui affirme que ce programme a des buts pacifiques, est sous le coup de deux séries de sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU et risque de nouvelles mesures s'il ne suspend pas ses activités d'enrichissement d'uranium d'ici au 23 mai.
Les Etats-Unis n'ont jamais exclu le recours à la force militaire pour empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, mais le président émirati avait affirmé en mars que son pays n'autoriserait jamais l'utilisation de son territoire pour des "activités hostiles" à l'Iran.
Collectivement, les monarchies du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats, Koweït, Oman et Qatar) ont émis à plusieurs reprises des réserves sur le programme nucléaire iranien, mettant en avant les risques de catastrophe écologique régionale en cas de fuite radioactive des centrales nucléaires iraniennes.
Néanmoins, ces pays ont aussi exprimé leur refus d'un éventuel conflit armé entre l'Iran et leur allié traditionnel américain.
Le roi Abdallah d'Arabie saoudite avait averti début mars à Ryad M. Ahmadinejad qu'il ne devait pas sous-estimer les menaces américaines.
Outre le dossier nucléaire, les relations entre Abou Dhabi et Téhéran sont compliquées par un différend territorial sur trois îles stratégiques à l'entrée du Golfe (Abou Moussa, la Grande et la Petite Tomb), contrôlées par l'Iran depuis l'indépendance des Emirats en 1971 et revendiqués par ceux-ci.
Abou Dhabi a demandé à de multiples reprises à l'Iran de mettre fin à l'occupation de ces îles ou de porter l'affaire devant la Cour internationale de justice (CIJ), mais Téhéran a toujours ignoré ces demandes.
Malgré leur différend territorial, les deux pays ont des relations très étroites, les Emirats étant le premier partenaire commercial de l'Iran avec des échanges commerciaux d'environ 11 milliards USD en 2006.
Les présidents iranien et émirati ont d'aileurs passé en revue "les moyens de développer les relations bilatérales, notamment économiques et commerciales", selon Wam.
Dimanche soir, M. Ahmadinejad devait rencontrer des hommes d'affaires iraniens à Dubaï, a indiqué à l'AFP Nasser Hashempour, vice-président du Conseil iranien des Affaires (IBC), qui regroupe près de 10.000 sociétés.
Dubaï abrite la plus grande partie des 400.000 Iraniens résidant aux Emirats, selon les chiffres du consulat iranien. Les Emirats comptaient fin 2005 une population de 4,1 millions de personnes.
Lundi matin, M. Ahmadinejad donnera une conférence de presse à Abou Dhabi avant de se rendre à Mascate pour une visite de deux jours dans le sultanat Oman, le pays arabe du Golfe qui entretient traditionnellement les meilleures relations avec Téhéran.