Le Sénat a adopté lundi 10 décembre un amendement sur lAllocation personnalisée autonomie (APA). Le texte prévoit que désormais les héritiers dune personne âgée décédée devront céder une partie de leur héritage pour rembourser les prestations versées au titre de lAPA. Une mesure très décriée. Pourquoi ne pas étendre en effet cette logique au remboursement des frais de scolarité, aux avantages sociaux et aux remboursements médicaux?
Le recouvrement par les Conseils généraux sur la succession du bénéficiaire de lAPA, interviendrait lorsque la valeur de lactif net successoral est supérieure à 100 000 euros. Il sappliquerait aux allocations attribuées pour la première fois à leurs bénéficiaires à compter du 1er janvier 2009. Le recouvrement toutefois interviendrait semble-t-il sur la tranche supérieure aux 100 000 euros. Cet amendement pour être applicable doit cependant être validé par les parlementaires réunis en commission mixte paritaire le 18 décembre. Dans un premier temps, le gouvernement sy déclare défavorable, mais sa base parlementaire pousse même si la mesure brouille les lignes.
A lorigine de lamendement, le politiquement incorrect sénateur PS Michel Charasse qui aurait souhaité un seuil plus bas à 50 000 . Les angles du texte ont été arrondis par deux autres parlementaires Philippe Marini (UMP) et Jean Arthuis (UDF-Modem). La direction du PS a réagit vivement en estimant que lamendement scélérat constitue un recul social considérable qui conduit à détricoter lAPA et risque daffaiblir la situation des personnes dépendantes. Le sénateur du Puy-de-Dôme à qui il est régulièrement reproché sa proximité de Nicolas Sarkozy fait le jeu de son collègue Marini (UMP) selon lequel, en matière de dépendance, la solidarité ne doit pas tout, cest le principe posé par lamendement qui compte.
Les principales fédérations du secteur de laide à domicile sont opposées à ce projet, dont elles demandent le retrait. Pour ces dernières, cet amendement dénature le caractère universel de lAPA, allocation accessible à tous sans critère de revenu, mais en fonction dune situation de dépendance, en la réduisant à une sorte demprunt qui pourrait être remboursé sur la succession du bénéficiaire. Il risque en outre de freiner considérablement le développement de lAPA, voire de la remettre profondément en cause, en ramenant sa situation à celle de la prestation spécifique dépendance (PSD), qui la précédait jusquen 2002, et dont léchec était justement, au moins en partie, imputable à la possibilité de recouvrement sur la succession du bénéficiaire.
Les enjeux financiers sont considérables à un moment où le vieillissement de la population fait de la prise en charge de la dépendance un enjeu de société. A ce jour, lAPA concerne 800 000 personnes, alors que le dispositif précédent en comptait 140 000. Si beaucoup ne sont pas opposés à une participation de la personne âgée ou de sa famille en complément de la solidarité nationale, la radicalité de la mesure suscite une vague dindignation.
LAPA a été créée en 2001 par le gouvernement Jospin et se distinguait alors du dispositif en vigueur, la PSD, par la suppression de tout recours sur succession, dans lidée de dégager tous les bénéficiaires, de toute forme de culpabilisation en particulier vis-à-vis des héritiers. On peut comprendre une approche comptable de la question de la dépendance mais, une nouvelle fois, ce qui choque cest la méthode employée. Labsence de réflexion collective et de sentiment de justice sociale.
LEducation nationale comme la dépendance des personnes âgées mobilisent des sommes colossales, cest certain. Mais, avant de sen prendre aux plus faibles, il serait bon que nos honorables parlementaires fassent le ménage dans les finances de la nation, à tous les niveaux, Etat, mais aussi collectivités locales. Commençons par ramener le train de vie de la République et des élus à un peu plus de modestie, à réfléchir à une meilleure redistribution des richesses dans une société où, dans les sommets, largent coule à flot. Parce que le vrai problème de lAPA, ce nest pas quelle existe, mais que les retraites de la très grande majorité des Français ne