Le 8 mai 2007
Ségolène ROYAL aura sans doute manqué de temps pour mener à bien une triple révolution : imposer une femme pour la première fois à la tête de lEtat dans notre pays ; rénover les thèmes et priorités du Parti socialiste ; modifier en profondeur les pratiques politiques et, notamment, imposer le modèle dune authentique participation des citoyens au débat public.
Face à elle, Nicolas SARKOZY était doté de trois atouts décisifs. La durée, car il est en campagne depuis des années et, très ouvertement, depuis 2002 ; la puissance médiatique, jamais réunie à ce point et si ouvertement au profit dun seul candidat dans notre pays ; labsence de scrupules idéologiques, qui lui a permis de tenter ce que ses prédécesseurs de droite navaient même pas imaginer : séduire lélectorat de Le PEN, sans se couper pour autant du centre-droit. Si lon ajoute que sa présence constante et ses capacités de manoeuvre dans lactualité ont été rendues évidemment plus aisées par la maîtrise de pouvoirs et surtout de moyens daction considérables (lIntérieur, les Finances, lUMP, le Conseil général le plus prospère de France), cette victoire, nette et assurément légitime, ne saurait étonner.
Certes, tout démocrate consciencieux peut aujourdhui se demander quelle mouche a piqué les Français. Car Nicolas SARKOZY pour le moins navance pas masqué et annonce la couleur : comme Georges W. BUSH ou BERLUSCONI avant lui, il brandit ses thèmes les plus « clivants » comme autant détendards et cela ne semble pas rebuter, en tout cas pas une majorité délecteurs. Dune certaine manière le choix ostensible du FOUQUETS pour fêter sa victoire, qui aura semblé à beaucoup le comble du mauvais goût voire de la provocation sociale, symbolise cette capacité dassumer. On se prend à trembler ne serait-ce quun instant, en rappelant aux plus jeunes que les grandes dictatures modernes sont bien nées par le glaive du suffrage universel
Mais, notre curieux pays est prompt aux retournements : 1986 puis 1988 ; 1995 puis 1997, 2002 puis 2004 et le « grand chelem » du PS dans 21 régions sur 22, qui semble un souvenir si lointain. Dès lors, Nicolas SARKOZY ne peut raisonnablement réussir à tenir ses promesses : soit il appliquera son programme et, même avec la plus grande habileté, sera rattrapé par une rue sans nul doute très réactive ; soit il lamodiera et se coupera alors, sans rémission, du plus clair de ses soutiens pour les échéances futures.
Pour lheure il est à souhaiter que le France demeure paisible et ravale son amertume. Sinon, les effets du remède dune « saine colère » seront pires encore que le mal des 53% obtenus sur des thèmes de droite dure : nous aurons une droite encore plus dure. Au-delà de tout, il est impératif que la gauche ne retombe pas dans ses vieilles ornières, consistant à se quereller dans la défaite, en ajoutant, aux poncifs habituels de lautodénigrement, celui, à peine, voilé, de la revanche des vieux mâles. Sinon, le PS sortira exsangue des prochaines législatives et surtout dépourvu de perspective, alors même quil est désormais désespérément isolé face à lEtat UMP.
Notre seule chance et celle dun pays qui va, un jour prochain, se réveiller, a un visage et un seul. 20 millions de Françaises et de Français lont validée dans les urnes, en ce 6 mai 2007. Ce nest pas un murmure mais une voix forte de cette onction populaire et dune ferveur militante qui na fait que samplifier au fil des jours. Oui, Ségolène ROYAL nous a donné rendez-vous, déjà, pour 2012. Au plus tard. Et cest dès aujourdhui que nous devons, avec elle, autour delle, prendre la route qui va nous y mener.
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