| * Expulsions de gabonais pourtant protégés par "un traité bilatéral France/Gabon" en Haute Garonne | |
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| Thursday, 05 April 2007 |
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En Haute-Garonne, un certain Thierry Assanelli (20 minutes, 14/02/06), le patron local de la Police de l'Air et des Frontières (PAF) se contrefout royalement de la « légalité » et du « respect des droits », en particulier ceux des Gabonais. Les Cédric Nze Bizoue, André Mba, Wilfried Nnoh Ndong, Marielle Oduwandso et autres, reconduits par dizaines à la frontière au mépris de laccord qui les protégeait, ne sont de toute façon plus là pour le contredire. Pour comprendre, il faut remonter à 1960. Entre la France gaulliste et le riche Gabon qui accède à lindépendance, on prépare le terrain aux fastueuses magouilles de la « décolonisation ».(...)Mais que valent quelques Africains qui ne sont ni présidents à vie ni marchands de pétrole, et que leur propre gouvernement ne songe même pas à défendre ? (...)Le jour où les Gabonais seront débarrassés de Bongo, on peut être sûr quils sen souviendront. De quoi garantir à la France de nouveaux records de popularité en Afrique... DU CHIFFRE, ENCORE DU CHIFFRE : LETAT DE DROIT AUX GABONAIS ABSENTS Pour intensifier les reconduites à la frontière, ladministration ne recule devant aucun coup tordu. Exemple en Haute-Garonne, où le préfet expulse à tour de bras des ressortissants gabonais pourtant protégés par un traité bilatéral, fabriquant du sans-papiers comme un vulgaire faux-monnayeur. « NOUS NAVONS PAS LA CULTURE du chiffre, seulement celle du travail bien fait, juste, légal et dans le respect des droits de chacun », chante le directeur départemental de la police aux frontières (PAF) de Haute-Garonne, un certain Thierry Assanelli (20 minutes, 14/02/06). Le brave homme a dû un peu trop forcer sur les champignons. Outre que son « travail bien fait » consiste à traquer du faciès par des rafles tous azimuts [1], le patron local de la PAF se contrefout royalement de la « légalité » et du « respect des droits », en particulier ceux des Gabonais. Les Cédric Nze Bizoue, André Mba, Wilfried Nnoh Ndong, Marielle Oduwandso et autres, reconduits par dizaines à la frontière au mépris de laccord qui les protégeait, ne sont de toute façon plus là pour le contredire. Pour comprendre, il faut remonter à 1960. Entre la France gaulliste et le riche Gabon qui accède à lindépendance, on prépare le terrain aux fastueuses magouilles de la « décolonisation ». Avant dabandonner son fromage, le colon se concocte un petit traité dassimilation qui lui permet de continuer à prospérer sur place et daller et venir comme bon lui semble, sans tracasseries inutiles aux frontières. Le pillage des gisements de pétrole et des essences tropicales exige une certaine liberté de mouvement. Cest ainsi que le 1er août 1960 est signée « la convention détablissement franco-gabonaise », qui donne à tous les Français le droit de résider au Gabon sans visa ni document particulier, en échange dun droit équivalent pour le petit million de ressortissants gabonais. Il va de soi que Michel Debré, père de ce traité, nenvisageait pas une seconde que cette belle hospitalité réciproque puisse sexercer autrement quau bénéfice quasi exclusif de ses compatriotes. Les quarante années qui suivent démontreront la grandeur de cette générosité : réseaux Foccart, copains à Pasqua, fils de la mitterrandie, tenanciers de casinos, cadres dElf, barbouzes, truands et porteurs de valises, la Françafrique est à Libreville comme chez elle. Sans oublier le chasseur de phacochères et croqueur de diamants, Giscard. Laccord signé par Debré lui plaît tellement quà peine arrivé au pouvoir en 1974, il le reconduit sous forme dune convention de libre circulation. Celle-ci stipule notamment que pour se rendre en France, les Gabonais doivent seulement « être en possession dune carte nationale didentité, dun passeport même périmé depuis moins de cinq ans » et avoir de quoi « garantir leur rapatriement. » Autrement dit : entrée libre et séjour sans limite de durée, du moins pour qui peut se payer laller-retour ! ![]() Mais si la libre circulation arrange bien lamateur de safaris, pour le Gabonais de base, cest une autre paire de manches, voire de menottes. Il faut dire quil est souvent noir, ce qui nest pas du meilleur effet lorsquen guise de titre de séjour il exhibe sa carte didentité exotique et son bout de traité devant un fonctionnaire vétilleux. Avec le temps, et alors que la vis ne cesse de se serrer pour tous les autres Africains, lanomalie gabonaise commence à faire tache. Dès 1992, lÉtat français entreprend de la gommer. Lennui, cest que ça prend du temps, même avec ce bon vieil ami dOmar Bongo. En 2003, Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, reconnaît devant lAssemblée nationale que la convention bilatérale est toujours « applicable en droit ». Elle le restera jusquau 11 juillet 2004, date à laquelle lexception gabonaise cesse enfin pour de bon. Ce qui ne change rien, cependant, aux « droits acquis » de ceux qui sont entrés en France avant cette date. « La loi ne dispose que pour lavenir. Elle na point deffet rétroactif », rappelle larticle 2 du Code civil. Mais la préfecture de Haute-Garonne na que faire de ces rigidités légales. À la pointe du progrès, elle rétroactive allègrement. Nze Bidzoue Bi Nsoume en sait quelque chose : arrivé en France en 2001, et donc protégé par le traité de 1960, il vient dêtre reconduit à la frontière manu militari. Comme des dizaines dautres en Haute-Garonne et des centaines ailleurs. Tous étiquetés illégaux pour faire du chiffre et complaire aux politiques du moment [2]. Bien sûr, le service des étrangers sait pertinemment quil piétine les droits des Gabonais : lassociation Liberté Équatoriale, qui se bat pour eux, se charge régulièrement de le lui rappeler. Mais que valent quelques Africains qui ne sont ni présidents à vie ni marchands de pétrole, et que leur propre gouvernement ne songe même pas à défendre ? Cest donc au nom de « la performance légitime » que le pays des droits de lHomme et du Sarkozitoyen vire comme des malpropres des « clandestins » parfaitement en règle. Le jour où les Gabonais seront débarrassés de Bongo, on peut être sûr quils sen souviendront. De quoi garantir à la France de nouveaux records de popularité en Afrique... Article publié dans CQFD n° 33, avril 2006, ainsi que dans Satiricon, « lou journal des mémés qui aiment la castagne » (BP 03, 31908 Toulouse Cedex). [1] Selon une circulaire du 21 février 2006, les arrestations détrangers en situation irrégulière peuvent désormais se faire à leur domicile, dans les locaux dassociations, dans les foyers et résidences collectives et jusque dans les blocs opératoires des hôpitaux. Le Gisti note que cette circulaire « puise aussi dans la jurisprudence des recettes destinées à piéger ces étrangers par des convocations dapparence anodine dans les préfectures pour les y interpeller ». [2] Le 12 janvier 2006, le ministre de lIntérieur déclarait : « Nous sommes passés de 10 000 reconduites à la frontière en 2002 à 20 000 en 2005. Jai fixé un objectif de 25000 pour 2006, que la mise en oeuvre progressive des visas biométriques devrait permettre datteindre. » © Cequilfautdetruire.org |