PARIS (AFP) - Environ la moitié des agents de l'ANPE se sont mis en grève jeudi à l'appel des huit syndicats du personnel pour demander le retrait d'un décret modifiant le statut de l'Agence, qui permet la création de filiales commerciales, et pour défendre le service public de l'emploi.
La direction de l'Agence a fait état de 43,45% de grévistes sur plus de 28.000 salariés. Pour cette première grève unitaire depuis 1990 de tous les syndicats (Snu, CGT, FO, CFDT, Snap-CFTC, CGC, Sud, Unsa), le directeur général de l'ANPE Christian Charpy avait prévu dès mardi "une forte mobilisation".
De son côté, le Snu, premier syndicat de l'ANPE, a annoncé à la mi-journée "un succès exceptionnel" et "historique", comptabilisant "plus de 51% de grévistes", soit 12.935 personnes, et 269 agences fermées sur plus de 800.
Ce mouvement "arrive au 3e niveau des grèves les plus importantes de l'Agence depuis 17 ans", a-t-il dit dans un communiqué.
Selon le syndicat, plusieurs régions ont des taux supérieurs à la moyenne nationale: Pays de la Loire (63,93%), Auvergne (63,36%), Bourgogne (59,42%), Basse et Haute Normandie (+60%), PACA (58,82%).
Plus d'un millier d'agents venus de toute la France ont aussi manifesté dans l'après-midi à Paris. Entre autres actions régionales, l'ANPE a été symboliquement enterrée au monument aux Morts de Toulouse.
L'ensemble des syndicats du personnel de l'ANPE a lancé un appel à une grève nationale en ce jour de publication des chiffres du chômage pour demander le retrait d'un décret, paru mercredi au Journal officiel, dans lequel ils voient "une nouvelle étape du démantèlement de l'ANPE et de ses missions".
"Je suis le premier ministre à avoir redonné des moyens au service public de l'emploi", a lancé jeudi devant la presse le ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo, récemment rallié au candidat de l'UMP à l'Elysée Nicolas Sarkozy.
Le décret contesté par les syndicats fixe à l'ANPE les règles pour créer des filiales commerciales en vue de facturer certains services aux entreprises et ouvre la voie à une décentralisation de certaines compétences au niveau des directions régionales.
Les syndicats redoutent que cela signifie un éclatement complet de l'Agence, avec le transfert à des filiales d'une partie des missions transformées en services payants pour les entreprises, et la fin de la gratuité et l'égalité de traitement au détriment des chômeurs.
Ce décret, a-t-on rétorqué mercredi au ministère du Travail, "permet de moderniser la gestion de l'ANPE, sur le plan géographique mais aussi financier, et d'être au plus près des demandeurs d'emploi".
Le directeur général de l'ANPE avait réaffirmé mardi qu'"à ce stade, il n'y a aucun projet de création de filiales de droit privé ni de facturation de nos services aux entreprises".
Alors que l'ANPE fêtera ses 40 ans cet été, le décret accroît les inquiétudes de son personnel pour l'avenir, déjà alimentées par la concurrence directe des cabinets privés de reclassement des chômeurs et par la proposition du candidat UMP à l'Elysée Nicolas Sarkozy de fusionner ANPE et Unedic.
La grève permet d'ailleurs au personnel, a souligné le Snu, de "faire entendre sa voix en direction des candidats, dans ce moment crucial qu'est la campagne électorale présidentielle. Aucun(e) ne pourra ignorer l'attachement du personnel à la sauvegarde et au développement de l'ANPE en tant que service public