Iran : asymétrie spatiale
Ici et là nous voyons apparaître des textes traitant des jeux du Pentagone imaginant un conflit avec lIran. Ainsi, au minimum, léventualité se pose. Quelle que soit lampleur dune telle intervention - et nous ne parlerons que de laspect purement militaire-, les risques pour lintervenant sont très importants.
Les choix sont illimités, prenant lensemble du sous-continent arabique comme objectif et, fait nouveau, les troupes étrangères situées en Iraq et en Afghanistan. Tirant les leçons des trois guerres (Iran-Iraq, deux guerres du Golfe), et assumant demblée le fait que la défense de la totalité du territoire est impossible, sachant enfin que sa couverture aérienne est défaillante, lIran met laccent sur la modernisation de sa défense et ses capacités de destruction. Ceci autour des cibles sensibles, le blocage du Golfe par une mise en place massive et instantanée de mines et la destruction de cibles non-militaires, la création de hérissons défensifs (voués à moyen terme à la fixation de lennemi) sur la partie maritime et îlienne, la plus fragile. Les aéroports militaires (visibles et « cachés ») ont été multipliés, indépendamment du nombre davions qui circulent de manière aléatoire de lun à lautre. Enfin, ce nest un secret pour personne que des satellites commerciaux dautres nationalités ont été parasités pour pallier le problème dune couverture-radar déficiente, et que parallèlement un maillage de fibres optiques couvre depuis peu une grande partie du territoire pour garantir les communications.
Enfin, une trentaine de F14 (sur les 50) jouent désormais le rôle des AWACS classiques, 24 heures sur 24. Dans le domaine géopolitique, lIran sest créé une défense en « neutralisant positivement » les pays voisins (Turquie, Azerbaïdjan, Turkménistan, Syrie) et les puissances régionales (Russie, Chine). Cela crée une inégalité opérationnelle : excepté le sol arabique et lIraq qui sont très sensibles et pourraient vite être paralysés pour les raisons citées ci-dessus, il faudra utiliser des bases lointaines (même Diego Garcia et lItalie) tandis que les cibles pour lIran sont très proches. Paradoxalement la présence militaire américaine en Iraq et dans les pays du Golfe est le plus grand atout iranien. Ainsi que la situation politique au Liban et le positionnement de plus en plus « neutraliste » de la Turquie. En effet, linfanterie américaine dans toutes ses composantes devient une cible tandis que laviation US devra avant tout sécuriser lespace arabique et sa propre flotte.
La « Janes intelligence review » indiquait déjà en février 2006 que létat-major iranien, plus proche de la formation militaire occidentale que de la doctrine soviétique de ses voisins, sadonne à des « jeux tactiques complexes » inspirés par toutes les interventions occidentales des deux dernières décennies en y introduisant des aspects globaux et régionaux. Malgré limportance de son armée et contrairement à lIraq, Téhéran se prépare à une « guerre moderne asymétrique », mobile et multidimensionnelle.
En conséquence, une intervention en Iran présuppose la fin de la guerre en Iraq, un redéploiement diplomatique pour isoler Téhéran, et une alliance forcée internationale et onusienne. En bref, un changement radical dattitude et de politique étrangère de la part des Etats-Unis.