Lanticolonialisme selon Sassou
Devant la cour de lElysée, le président congolais Denis Sassou NGuesso a commenté la procédure judiciaire qui le vise pour "recel de détournement de biens publics", en présentant une conception toute particulière de "lanticolonialisme".
Sassou NGuesso a hurlé, après un entretien tout de complaisance avec Nicolas Sarkozy, au « néocolonialisme ». « Si cette affaire navait pas des relents, disons, de colonialisme, de néocolonialisme, de racisme et de provocation gratuite, on laurait plutôt laissée mourir (...) Cest plutôt honteux et triste de traiter ce dossier-là (...) En France tous les dirigeants du monde ont des châteaux et des palais, quils soient du Golfe, dEurope, de lAfrique (...) On peut même sétonner de voir que, de la manière la plus triste, on ait trouvé deux cibles sur lesquelles ont voudrait tirer. Je nen dis pas plus ».
Passons sur la manière grotesque dont Sassou justifie sa kleptomanie et le pillage de son pays. Il aimerait, peut-on comprendre, quau titre des droits de lhomme, on reconnaisse les droits des tyrans à affamer leurs peuples sans distinction de race. Pour Sassou, les associations et les juges français ne sintéressent, pour les embêter, aux dictateurs qui détournent largent de leurs peuples que lorsquils sont africains. On aimerait lui rétorquer que cest une agréable déclinaison de la « discrimination positive » et quil faudrait plutôt sen féliciter.
Le problème, dans la rhétorique de Sassou, est plus profond. Sil sautocélèbre en héraut du combat contre le néocolonialisme, il devient le compagnon de lutte des morts de lIvoire tués par les soldats de la force Licorne en novembre 2004, de François-Xavier Verschave, de Nelson Mandela. Cest une insupportable imposture. Le néocolonialisme, ce nest pas la dynamique vertueuse qui ambitionne de traduire les pantins de lEmpire devant les tribunaux de la République ; cest la force vicieuse qui a permis au dictateur congolais de revenir au pouvoir par les armes en 1997, dans les chars de larmée française et au prix de plusieurs milliers de morts, après en avoir été chassé par les urnes cinq ans plus tôt.
Par ailleurs, seuls les naïfs sétonneront de lempressement de Nicolas Sarkozy à recevoir à lElysée des présidents africains richissimes qui ne symbolisent en rien la « rupture » avec les « réseaux dun autre temps » dont il sest prévalu durant sa campagne. Si ce nest pas un moyen dintimider les juges, alors quest-ce donc ?
Les milieux les plus réactionnaires ont toujours aimé vider de leur contenu les mots qui les menacent. Objectif : les banaliser, créer la confusion sémiologique et discréditer avec eux ceux qui, en les portant, prêchent pour un nouveau monde, radicalement différent de celui qui existe.