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Bezons avenir sera un blog qui va nous permettre de diffuser nos idées sur l'avenir de Bezons, nous ne serions pas les poupées russe de qui que soient, nous comptons peser aux municipales 2008.

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LA CÉCITÉ RÉPUBLICAINE - INTERVIEW DE RAMA YADE [MAI 2007]

LA CÉCITÉ RÉPUBLICAINE - INTERVIEW DE RAMA YADE [MAI 2007]

INTERVIEW DE RAMA YADE

Face aux inégalités, aux discriminations, au dédain républicain dont sont victimes les “Noirs de France”, Rama Yade a décidé de réagir avec pertinence et lucidité. L’occasion pour Evene.fr de revenir, avec l’auteur, aujourd’hui secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l’homme, sur ce livre coup de poing, au sous-titre évocateur : ‘Les nouveaux Neg’marrons’.


Comment avez-vous eu l’idée ou le désir d’écrire ce livre ‘Noirs de France’ ?

A la suite de l’incendie survenu dans l’immeuble du boulevard Vincent Auriol à Paris. Je n’avais pas aimé la manière dont les résidents de cet immeuble avaient été présentés dans les médias : on a fait comme s’il s’agissait de migrants fraîchement débarqués de Roissy alors que ces personnes étaient françaises (ce qui sera confirmé plus tard). Je me suis alors dit : et si ce désastre avait mis en lumière non pas les failles de la politique du logement mais celles de l'intégration des citoyens d'origine africaine dans notre pays ? J’ai proposé au journal Le Monde de publier une tribune sur le sujet. Quelques jours après la publication de cet article, le président des éditions Calmann-Lévy m’a fait parvenir un mot pour me dire qu’il avait été touché par mon article et me demandait d’écrire un livre sur les Noirs en France.

Quel est l’objectif de ce livre ?

J’ai hésité à écrire ce livre. Après tout, le fait d’être Noire ne fait pas de moi une spécialiste des Noirs. Et puis ce n’est parce qu’on est Noir, qu’on représente tous les Noirs, qu’on sait ce qu’ils pensent, ce qu’ils veulent, etc... Au final, j’ai accepté d’écrire ce livre tout simplement parce que je n’avais pas le choix : je voyais des tas de gens écrire des livres sur les Noirs sans qu’ils sachent vraiment de quoi ils parlaient. Or, comme le dit ce proverbe africain que j’ai choisi en épitaphe de mon livre, “tant que les lions n’auront pas leur propre historien, les histoires de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur”. Je considérais qu’il était temps que les “lions” deviennent des acteurs de leur destinée, sans intermédiaire associatif ni grand frère !

Vous évoquez la difficulté, pour les jeunes Noirs de se construire une identité positive et stable. Pourrait-on envisager une culture ‘afro-française’ ?

Beaucoup de jeunes afro-antillais sont perdus entre la culture de leurs parents et leur nationalité française. Alors, ils se réfugient dans une identité bricolée et souvent une identité américaine, car en Amérique, “black is beautiful”. Mais on ne peut pas réduire son identité à une couleur de peau ! Avant de vivre en France, je ne savais même pas que j’étais Noire. Je ne me dis pas non plus que je dois en être fière ou que je dois en avoir honte. En fait, s’il y a une spécificité dont je suis heureuse de me réclamer, c’est mon origine africaine. Mais, contrairement à moi qui y suis née, les jeunes Noirs ne connaissent pas grand-chose de l’Afrique, si ce n’est les drames du continent dont les abreuvent les journaux télévisés. De fait, ils ont du mal à assumer cette part africaine si dévalorisée par les médias. Ou bien, ils veulent racheter la dignité blessée du continent africain et en font trop, notamment en survalorisant leur côté africain.

Et le lien avec la France ?

Quant à la question de la nationalité française des jeunes Noirs, je pense qu’elle ne doit pas être niée par eux. Le Français, ce n’est pas que le Blanc. Lorsque j’étais jeune, mes copains et moi avions l’habitude de nous qualifier de Sénégalais, d’Antillais ou d’Algériens. Le ‘Céfran’, c’était le Blanc. Cette attitude est dévastatrice. Il est vrai aussi qu’à force de montrer du doigt la couleur de peau des jeunes Noirs, la société a fini par leur inoculer l’idée qu’ils ne sont pas Français. Il n’est pas normal qu’un jeune Noir qui se dit Français provoque le scepticisme : il faut s’habituer à l’idée qu’on peut être Noir et Français. Et il ne faut pas en avoir honte. Car haïr sa “francité” revient à haïr une partie de soi ! On est légitime dans ce pays et pas des intrus !

Vous critiquez l’indulgence des sociologues face aux violences urbaines. Pourtant leur travail consiste à comprendre et à expliquer une violence qui n’est pas si gratuite et qui suggère une revendication politique réelle.

Les sociologues n’expliquent pas : ils justifient ! Ce n’est pas la même chose. Ils portent sur les jeunes un regard misérabiliste qui déresponsabilise, aucune distinction n’étant faite entre ce qui relève de la violence gratuite et ce qui est imputable au désoeuvrement. Quand ces sociologues se rendent en banlieues pour faire leurs analyses, on a l’impression qu’ils viennent visiter des zoos et prennent les habitants pour des bêtes curieuses. Et, cela fait trente ans que cela dure. Mais il n’y a pas que les sociologues qui sont en cause ! Face aux phénomènes de violences prospérant sur le terreau de l’insécurité sociale, les municipalités ont acheté le calme en infantilisant les familles africaines, considérées comme responsables de rien. Or, la responsabilité est l’autre face de la liberté : ce sont ces deux éléments qui font la dignité de l’homme. Et il n’y a pas de raison de ne pas appliquer les principes de liberté et de responsabilité aux Noirs. Autrement, c’est du paternalisme qui a généré un sentiment d’humiliation chez les parents. Pour les jeunes, la violence est revenue en boomerang, certains jeunes y voyant une façon d’exister en se rendant visibles par des actions spectaculaires.

De même, vous n’appréciez pas tellement la compassion des ‘africanophiles’. Pourquoi ?

Ces soi-disant amoureux de l’Afrique considèrent les Africains comme des victimes de la planète entière. Cette démarche peut a priori sembler généreuse. Mais les tenants de cette approche n’ont, ce faisant, jamais vraiment considéré l’Afrique comme un continent majeur. Aujourd’hui, l’Afrique ne donne son avis sur rien. Ce sont toujours les autres (le FMI, la banque mondiale, les ONG, etc.) qui parlent à sa place et qui lui disent ce qu’elle devrait faire. Même lorsqu’elle proteste, c’est avec les mots d’autrui, ceux des associations antilibérales occidentales. L’Afrique a eu une histoire grandiose qui ne peut être réduite à la colonisation : les Africains doivent se reconnecter à cette histoire précoloniale pour se rendre enfin compte qu’ils n’ont aucun complexe à avoir et qu’il fut un temps où ils tutoyaient le reste du monde. C’est la raison pour laquelle je suis intiment convaincue qu’avant d’avoir besoin d’ingénieurs, l’Afrique d’aujourd’hui a besoin d’historiens, de cinéastes, de pédagogues pour conter son passé. Elle a également besoin de nouveaux Sankara et Lumumba pas d’un José Bové ! A partir de là, au lieu d’afficher ce terrible silence civilisationnel qui l’empêche d’être un acteur du monde, l’Afrique, continent vaincu mais encore debout, dira enfin quelque chose au monde. C’est le message intime de ce livre.

Pour éviter la concurrence mémorielle entre les Juifs et les Noirs ne faudrait-il pas insister sur le caractère universel de la Shoah et de l’esclavage ?

Bien sûr ! Si une sorte de concurrence victimaire s’est produite entre certains Juifs et certains Noirs, c’est parce que ces deux populations se ressemblent : voilà deux diasporas éparpillées dans le monde, deux tragédies historiques, une même violence dans l’expression du racisme subi. Cette gémellité a d’ailleurs été incarnée par le duo comique formé par Elie Semoun et Dieudonné, alias ‘Cohen et Bokassa’. Au-delà, rien de conflictuel, selon moi. La concurrence victimaire est un faux débat qui n’aurait pas eu lieu si les médias n’avaient tendu leur micro complaisamment aux radicaux. Les Noirs n’ont jamais eu dans leur histoire de problème avec les Juifs. Au contraire, ayant été deux peuples qui ont fait le plus l’objet des persécutions de masse, Noirs et Juifs ont tout pour se comprendre : il y a même un proverbe afro-antillais qui dit : “Quand on parle du Juif, tends l’oreille parce qu’on parle de toi.” Par ailleurs, je vous mets au défi de trouver un seul pogrom en Afrique : au contraire, l’Afrique a été un refuge pour les Juifs persécutés aux premières années de l’ère chrétienne. Il faudrait que, de temps en temps, des grandes voix juives et noires s’élèvent pour rappeler le caractère universel de la Shoah et de l’esclavage.

Les discriminations et les racismes ne vont-ils pas naturellement s’estomper avec le temps ?

Voilà la grande théorie des “républicains de l’extrême” : patientez, avec le temps, il n’y aura plus de discriminations. Cette position est une escroquerie : cela fait trente ans qu’on attend. Résultat : les violences de novembre 2005 ! Il faut du volontarisme maintenant et en finir avec les mots creux.

Vous ne parlez pas spécifiquement de la discrimination positive. Est-ce une alternative envisageable ?

Je n’en parle pas parce que je ne pouvais pas tout dire dans un livre. L’exclusion des enfants d’immigrés a atteint un tel point qu’il est nécessaire d’envoyer des signaux plus forts que les discours sur l’égalité des chances. Il serait criminel de ne rien essayer sous prétexte que la discrimination positive, ce n’est pas dans la tradition républicaine. En réalité, il n’y a rien de plus républicain que la discrimination positive puisqu’on l’applique déjà aux personnes handicapées dans les entreprises et aux femmes pour les élections.

Vous évoquez l’invisibilité des Noirs dans les sphères politiques et vous évoquez la responsabilité d’un certain conservatisme. Qu’entendez-vous par conservatisme ?

Le conservatisme signifie le refus des élites de partager le pouvoir. Pas seulement avec les minorités d’ailleurs puisque les jeunes, les femmes ou d’autres sont autant exclus que les Afro-Antillais des sphères du pouvoir. Les élites politiques veulent garder le pouvoir pour eux. De fait, si vous n’êtes pas un homme blanc de 50 ans, vous avez peu de chances d’accéder à des fonctions politiques importantes. De ce point de vue, je pense que la société française est plus en avance que les dirigeants sur cette question.

Propos recueillis par Thomas Yadan pour Evene.fr - Mai 2007

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