| La culture également décomplexée ?
La dernière mésaventure survenue aux Ogres de Barback Sans aucune intention de vouloir à nouveau refaire le discours sur le supposé manque de considération de la droite pour la culture, il me semble important de relater linfortune survenue aux Ogres de Barback récemment.
Ce groupe, bien connu dans le style chanson française java-rock et pas spécialement réputé pour la violence de sa musique, était programmé au centre culturel Aragon dOyonnax le 5 mai dernier, veille des élections. Le concert na pas plu au maire UMP dOyonnax (enfin, ce quon lui en a dit, puisque lui ny était pas). Alors, M. le Maire le fait savoir. En effet, un passage vidéo du spectacle fait légèrement allusion aux, pour faire simple, élections présidentielles. Passage, allez avouons-le, plutôt défavorable à Nicolas Sarkozy. Aucun membre du groupe ne relaye ensuite oralement ce passage. Nous étions donc à des années-lumière dun quelconque meeting politique ou dun certain concert place de la Concorde. Parlant dun incident grave, le maire, qui ne trouve pourtant rien à redire sur le nom de son centre culturel (Louis Aragon), envoie un courrier aux Ogres de Barback. Dans cette lettre, après avoir exposé son interprétation des règles républicaines (pas de prise de position dans les lieux publics, fin de la campagne officielle à laquelle pourtant seuls doivent se soumettre les radios et télévisions et les partis politiques), M. le Maire proteste ensuite sur le fait que ce spectacle ait été organisé « aux frais des contribuables locaux » (en partie seulement) « dune ville ayant voté à près de 60% pour Sarkozy ». Voici un lien vers la lettre du maire et la réponse des Ogres : http://orangerougevert.hautetfort.com/ Quen sera-t-il des films que devront projeter le cinéma dOyonnax ou des livres disponibles à la bibliothèque ? Tout le monde connaît cette phrase de Voltaire : « jJ suis en profond désaccord avec vos idées mais je me battrai jusquà la mort pour que vous puissiez les exprimer. » Chaque citoyen jouit de cette liberté. Les artistes, comme les journalistes ou dautres, sont le moteur de cet acquis. Nhésitant pas à bousculer nos consciences, ils ont fait évoluer le monde, jusquà devenir des références universels... comme le Louis Aragon du centre culturel de M. le Maire qui ne se préoccupe ainsi pas, à juste titre, quil ait été un grand communiste. Cette histoire dépasse le simple fait anecdotique. Nombreux, parmi ceux qui travaillent pour la culture au niveau local, connaissent les pressions incessantes exercées par les élus sur ce que doivent diffuser ou accueillir les établissements culturels. Finalement, ces pressions sont essentiellement basées sur le goût personnel de lélu ou sur ce qui lui semble, à lui, valable. Malgré cela, des élus ont compris le sens de lintérêt général que représente la culture, des objectifs que celle-ci doit atteindre, de ce que peuvent apporter des artistes dans une ville. Par exemple, voyons comment Nantes a pu incroyablement se développer avec notamment une politique culturelle dynamique. Ainsi, le rôle dun maire ou dun président de conseil général est-il de décider ce que sa population doit entendre ou voir ? Cest une question que lon croyait réglée depuis longtemps. Pourtant, ce fantasme est encore aujourdhui palpable par beaucoup dacteurs culturels. Fantasme qui je lespère ne sera pas assouvi par la grâce de la droite autoproclamée décomplexée. Le plus inquiétant est que ce verrou est prêt à céder au moment même où les collectivités locales nont, du fait de la décentralisation, jamais eu autant de moyens pour la culture. Malheureusement, via ces moyens financiers, « la culture » est de plus en plus utilisée pour faire la promotion dune ville ou à des fins électoralistes. Nous voyons ici ou là fleurir de grands évènements ou manifestations tape à lil. La culture et les artistes sont de plus en plus détournés de leur but ultime. Pour préserver la diversité culturelle et la place de référence que nous avons dans le monde, il est primordial de laisser les moyens dévoués à la création, au minimum ceux-là, à des instances centralisées et désintéressées. |