Lespoir de voir émerger, en France, une troisième force politique a fait long feu: la stratégie, à court terme, dalliances "à géométrie variable" pour les élections municipales est suicidaire...
Au printemps dernier, en adhérant au tout jeune Mouvement Démocrate (MoDem), jai fait le pari que pouvait émerger en France une nouvelle force politique, porteuse dun véritable projet de société et capable dexister, à terme, entre le PS et lUMP. Au soir de lélection de Nicolas Sarkozy, après avoir voté pour François Bayrou au premier tour de lélection présidentielle, et utilisé le bulletin « Ségolène Royale » au second, il mest en effet apparu que le seul moyen de ne pas « en prendre pour dix ans » était lengagement. Nenvisageant pas une seconde dadhérer au PS, cette étoile morte dont les portes sont soigneusement gardées par une armée de notables, je devenais membre, par la magie dun « clic » de souris, du MoDem. Bien quun peu lassé par lantienne cuménique du leader centriste - lcuménisme nest pas en soi un projet politique -, jai nourri lespoir que, avec le temps, le « projet démocrate » lemporterait sur la mise en exergue permanente du dépassement du clivage droite/gauche et que, dans une nouvelle configuration du paysage politique, le débat politique serait assez rapidement organisé autour de trois entités : la « droite », le « centre » - enfin central et indépendant ! - et la « gauche ». Le chemin a priori tracé par François Bayrou me paraissait dautant plus prometteur que lentité « gauche » était - est - en pleine décomposition, tiraillée entre une gauche de gouvernement qui ne produit plus didées et une gauche radicale qui croit pouvoir saffranchir du réel. Par ailleurs, jappréciais, et apprécie, lhomme Bayrou qui, des trois « grands » candidats à lélection présidentielle, dune part, a été le seul à disposer dune pensée propre et cohérente, et, dautre part, sest refusé à attirer lélecteur sur le terrain des pulsions.
Dans la foulée de mon adhésion, vraisemblablement comme un certain nombre dautres néo-militants issus du monde universitaire, je me suis - très naïvement, sans aucun doute ! - manifesté auprès de François Bayrou et de quelques autres responsables pour leur proposer de travailler, dune façon ou dune autre, pour le nouveau parti. Jai par ailleurs participé au Forum des Démocrates à Seignosse, en septembre, ainsi quau récent congrès fondateur du Mouvement Démocrate. Durant tous ces mois, un malaise diffus sest cependant peu à peu installé en moi, et jen arrive, aujourdhui, à cette « démission ».
Disons-le sans ambages : la stratégie dalliances « à géométrie variable » du MoDem pour les municipales est à la fois indéfendable et suicidaire. Cette « cuisine » qui consiste à sallier au plus offrant, avec en ligne de mire le nombre de conseillers municipaux, sera peut-être - ce nest même pas sûr ! - payante à court terme. A long terme, elle va gravement contribuer à décrédibiliser le discours de François Bayrou et, donc, du Mouvement. Autant lon peut comprendre le refus de répondre aux injonctions dun PS à bout de souffle (et des grands médias) demandant aux démocrates dêtre ou « de droite », ou « de gauche » ; autant lidée, selon laquelle limportant nest pas létiquette, mais le projet, est juste ; autant il est incompréhensible de dénoncer - et avec quelle force ! - le projet politique de Sarkozy et, dans le même temps, de nouer des alliances - fussent-elles dénommées « partenariats » - avec lUMP, ce qui devrait mécaniquement permettre au parti du président de la République soit de conserver, soit de conquérir des communes - communes que, nen doutons pas, ledit président ne se privera pas de mettre à son crédit !
Le succès du MoDem, à long terme, ne peut (pouvait) passer que par une stratégie claire et systématique dindépendance. Il fallait profiter de ces élections locales pour commencer à instaurer un rapport de force favorable en vue de répondre, en 2012, à la question des alliances, quitte à disposer, pour les six années à venir, dun nombre limité de conseillers municipaux. Au lieu de cela, les électeurs ont droit à un salmigondis politicien totalement illisible. Après la mascarade de louverture sarkoziste, est-il vraiment pertinent, pour sauver quelques sièges au Sénat, et, au moins, une présidence de Conseil général, dajouter de la confusion à la confusion ?!
Plus fondamentalement, la question est : peut-on faire de la politique autrement (ce qui, à la lecture de sa Charte des valeurs et de sa Charte éthique, semble être un objectif du MoDem) en utilisant de vieilles recettes ?
Cest avec regret que je renonce non pas à faire de la politique, mais à mengager en politique. Jai cru, ou tout au moins espéré, que François Bayrou irait jusquau bout de son indépendance proclamée. Je me suis trompé. Je retourne donc à mes chères études, sans renoncer à lutter, dune façon ou dune autre, contre la politique dun président de la République dont le principe directeur est la cupidité et qui est à lorigine de la création dun ministère associant honteusement « immigration » et « identité nationale », ce dont les ministres dit « douverture » présents et à venir porteront à jamais, au regard de lHistoire, la trace indélébile.