Le phénomène "Modem"
Quand la masse virtuelle rejoint le réel...
A lannonce dun nouveau parti par François Bayrou, ils se sont mobilisés plus encore en « pré-adhérant » en masse au Mouvement démocrate, le Modem (diminutif trouvé par les internautes précisément) jusquà atteindre le nombre de 80 000 pré-adhésions en quelques jours ! Cette « campagne » dadhésions ayant été faite sans aucune publicité par lancienne UDF et sans aucune dépense, uniquement par internet. Ce phénomène est dautant plus étonnant quil intervenait juste après la défaite de François Bayrou aux présidentielles. Certains internautes qui venaient juste dadhérer à lUDF durant les présidentielles, ont tout de même souhaité pré-adhérer au Modem ! Payant ainsi deux fois leur cotisation. Autre fait marquant : la cotisation ayant été fixée à 20 , et 5 pour les chômeurs, la moyenne nationale du montant des cotisation a été relevée à 35 ! Ceci peut démontrer le degré dimplication de ces nouveaux adhérents.
Qui sont-ils ? Doù viennent-ils ? Que représentent-ils ?
On retrouve une dominante chez les enseignants, les professions libérales, les chefs dentreprises, les artisans, les étudiants, on peut dire : la classe moyenne en général. Beaucoup de quadras et de quinquas. La plupart dentre eux ayant un point commun : cest de navoir jamais fait de politique ou de sen être éloignés depuis très longtemps. Labolition des schémas binaires classiques prônée par leur leader, François Bayrou, a été lélément majeur qui a rassemblé cette population. Cette génération spontanée citoyenne issue dinternet se sent concernée, a ses propres codes, ses propres règles non écrites mais bien réelles, son langage, son écriture propre (posts, contributions) et déjà ses réflexes de rassemblement. Habitués aux réunions en lignes - chats et forums - ils sont demandeurs de réunions et autres rassemblements « oranges » sur le terrain. Une ouverture desprit semble animer ces blogueurs et forumeurs. Ils savent décoder les contributions émanant de « trolls », et autres « scuds », espions du net qui viennent « polluer » leurs échanges enthousiastes et argumentés.
Peu à peu , ces militants virtuels sont « descendus » sur le terrain. Certains se sont rencontrés, créant de vrais liens d « amitié orange ».
Dun autre côté les militants UDF (ceux restés fidèles à François Bayrou) ont vu arriver ces « extraterrestres du net » sur le terrain avec parfois de létonnement mais aussi des craintes.
Les nouveaux Modem, animés par une volonté toute nouvelle de voir « bouger les lignes », de porter le message de François Bayrou, de simpliquer, enfin, dans la vie politique au sens citoyen et noble du terme, sactivent sur le terrain comme ils se sont activés sur le net. Leur énergie et leur dynamisme renvoient aux anciens UDF leur propre léthargie installée douillettement.
Ces mêmes nouveaux Modem sinterrogent jusquà la légitimité-même des anciens UDF, oubliant un peu trop vite que ce sont ces derniers (ou plutôt leurs représentants) qui ont voté pour la constitution du Mouvement démocrate le 10 mai 2007 à la Mutualité à Paris !
Et pourtant, si différentes soient-elles, ces deux « familles » constituent le même futur parti , le Modem !
Aujourdhui, on se trouve face à une configuration inédite et surprenante dans toute lhistoire des partis :
dune part, une masse émergente ( + 51 000 adhérents confirmés à ce jour) surgissant du virtuel, en supériorité numérique sur les anciens adhérents UDF ;
dautre part, des adhérents UDF, restés fidèles à François Bayrou, faisant le choix de la difficulté et non de la facilité.
Or, les premiers, pour la majeure partie, internautes, blogueurs, nont pour la plupart, jamais fait de politique ! Ils nont, soit aucune expérience de ce monde, soit des implications anciennes et reniées, soit ils viennent dautres partis politiques (gauche ou droite modérée bien souvent) et ne veulent surtout pas retourner dans de vieux archaïsmes quils ont rejeté. Ces adhérents Modem saluent en François Bayrou son humanisme et sa vision moderne et novatrice de la politique, sinscrivant en priorité sur la durée et lavenir de lhomme. Ils forment en quelque sorte une « communauté démocrate ».
Les seconds, UDF, ont lexpérience de la politique, le plus souvent localement. Ils se connaissent tous, connaissent leur histoire, les alliances passées, les rivalités, et sont aujourdhui encore sous le choc des « trahisons » des anciens députés UDF pour qui ils ont voté et en qui ils ont cru. Mais tout en restant fidèles à François Bayrou, ils se sentent orphelins en quelque sorte de certains membres (anciennement) importants de leur famille politique. On peut imaginer que certains, déstabilisés, hésitent encore dans leur choix . Ces anciens UDF, ont , eux-aussi, leurs propres codes, leur propre langage, leurs propres réflexes !
Donc, nous sommes en présence de deux mondes, deux « cultures », animés par la même envie de voir bouger les lignes, de faire de la politique autrement, les mêmes valeurs démocrates, le même engouement pour le Modem, la même fidélité et le même respect en François Bayrou, et pourtant... la greffe nest pas toujours facile à prendre !
Le prochain défi que devra relever François Bayrou sera sans doute celui-là :
Comment faire cohabiter ces deux familles dans une même maison ?
Comment faire en sorte que :
- lexpérience du terrain des UDF profite aux nouveaux Modem ?
Et !
- Que, de leur côté, les UDF acceptent, des nouveaux venus Modem, les idées novatrices, modernes, dynamiques, non polluées par les archaïsmes politiques habituels ?
Gageons que le Béarnais nait, là encore, pas dit son dernier mot...