Nous savons ce quil a fait, nous avons lu et entendu ce quil veut faire. Le soutien, le vote, le devoir de citoyen, ce nest pas anodin.
« Imaginons à présent quun candidat à lélection présidentielle promette de confier au chef de lEtat certaines des fonctions du chef du gouvernement. Imaginons quen outre, il laisse entendre quil resterait volontiers à la tête du parti majoritaire une fois élu : chef de lEtat donc, mais aussi un peu chef du gouvernement et peut-être bien chef de la majorité aussi. Imaginons que, par le passé, ce même candidat nait guère fait preuve de respect à légard du pouvoir judiciaire, quil nait manqué aucune occasion de formuler des doutes sur la compétence des juges, de fustiger leur irresponsabilité, voire de mettre en cause leur neutralité idéologique. Imaginons que, dans lexercice de ses responsabilités passées, il ne se soit pas montré très soucieux de prévenir larbitraire dans les pratiques de ladministration dont il avait la charge. Que, par exemple, il ait couvert de son autorité une forme de loterie préfectorale des expulsions et des régularisations concernant des enfants scolarisés de sans-papiers, cest-à-dire quil ait laissé sinstaller linégalité des personnes devant la règle de droit. Imaginons quil ait de surcroît proposé et fait voter des lois qui contournent les principes fondamentaux du droit commun, par exemple en associant à des qualifications aussi floues que le « crime organisé » des procédures dexception peu soucieuses des libertés individuelles. Imaginons enfin quil nait pas une idée suffisamment élevée de la liberté et de lindépendance de la presse pour retenir ses attaques quand celle-ci a le malheur de lui être contraire...
Les intellectuels partisans dune politique des droits ne pourraient probablement pas accorder leur onction à ce personnage sans craindre pour les principes au nom desquels ils se sont si souvent et si durement battus. Non, un tel ralliement serait tout simplement inimaginable. »
Et pourtant certains se sont ralliés. Depuis cela, ils ont dû accepter lassociation de ministère de lIdentité nationale et de lImmigration. Depuis cela ils ont dû accepter la scandaleuse réécriture de lHistoire de France et la franchement dégueulasse (je ne vois pas dautre mot) et indigne attaque contre lAllemagne, dont le seul but aura été de flatté la France profonde rance.
Depuis cela, on aura ils auront dû accepter lidée selon laquelle il faudrait « liquider » 1968 !
Et Mme Simone Veil, par exemple, qui doit tant à 1968 et aux députés de gauche, après avoir dû accepter tout cela pour satisfaire son désir absolu de vengeance contre M. Bayrou, a accepté de monter à la tribune la plus démagogique de France pour faire huer les RMIstes. Quelle élégance ! et pas un, pas un de ces intellectuels na bougé son petit doigt. Pas un na dit « cest peut-être un peu excessif comme stigmatisation ». Pas un.
M. Sarkozy a déclaré quun délinquant à 16 ans était définitivement foutu pour justifier le besoin de faire du « depistage de délinquance » dès 3 ans. Pas un na dit mot ! Pas un !
M. Sarkozy se pose en victime médiatique, tous le soutiennent.
Alors cela ce sont les intellectuels. Tout cela cest leur engagement, leur peur, leur lâcheté, leur compromission.
Mais tout cela cest aussi votre responsabilité, notre responsabilité de citoyen. Nous avons laissé dire de lun ce que nous aurions refusé de tous les autres. Et nous savons. Nous savons quil a obtenu le limogeage dun journaliste, nous savons quil a institué larbitraire face à la loi, nous savons quil a manqué à son devoir de loyauté vis-à-vis de son pays lors de son voyage aux Etats-Unis ; nous connaissons son communautarisme et son goût pour la religion, toutes les religions, même les plus sectaires. Nous avons lu le Canard enchaîné, nous le savons probablement coupable au moins dune prise illégale dintérêt, nous savons que la justice et la police ont été noyautées de bas en haut. Nous avons vu les nominations au CSA, nous connaissons les rapports entre M. Sarkozy et la presse. Nous savons tout cela.
Nous savons que cest lUMP qui offre ses images aux chaînes de télévision qui les acceptent. Nous savons cela. Nous avons constaté à lécoute de ses meetings quil ne voit le monde que dans une éternelle opposition. Les coupables et les gentils. Nous savons quainsi il sautorise des usages réthoriques inacceptables dans un débat républicain lorsquil dit par exemple « moi, je suis du côté des honnête gens. ». Cette phrase qui est non seulement stupide en tout point mais qui sous-entend en plus que Mme Royal serait du côté des fraudeurs. M. Sarkozy nie le débat. Ce genre de réthorique nie le débat. Il la dailleurs refusé jusquau bout. Et ce dernier débat, il ne le fait que pour apparaître calme. Le fond na jamais eu dimportance. Son programme on le connaît depuis cinq ans. Son programme cest la France qui se lève tôt et la France dont on fiche lADN ; son programme cest le pouvoir. Et voilà quil est à deux doigts de lobtenir.
Il est à deux jours de lavoir parce que certains de ceux qui savent choisissent de sen satisfaire par misogynie ou irresponsabilité politique (« je ne voterai jamais à gauche »). Il est à deux jours de lavoir parce que ce que nous savons, la plupart des gens ne le savent pas. Parce que les journalistes nont plus fait leur travail, parce que les citoyens ne font plus leur devoir de reflexion et dinformation, parce quils acceptent la démagogie sans plus se poser de questions. Il est sur le point de lobtenir parce que les « intellectuels » daujourdhui vont à la soupe. Rien de plus.
Nous livrons la République à quelquun qui assume de dire « vive la République et, par dessus tout, vive la France ». Par dessus la République, la France. Par dessus tout, la France. Nous laissons cela se faire. Nous laissons faire face à laveu même du peu de cas quest fait par cet homme de nos valeurs fondamentales.
Personnellement je voterai pour Mme Royal. Je naime pas cette France qui réécrit son histoire comme les pires régimes. Je naime pas cette France qui parle de « droits de lhommiste », je naime pas cette France qui méprise son avenir par un goût rance pour un passé idéalisé. Je naime pas cette France qui se replie. Je naime pas cette France égoïste. Va-t-on me demander de la quitter ?