Une "histoire presque incroyable", rêve-t-elle à voix haute: première femme jamais investie par le PS et à avoir une chance de l'emporter, Ségolène Royal ambitionne à 53 ans de devenir la première présidente de la République. Il manque encore à son "CV" un grand ministère, Matignon ou... l'Elysée. C'est à l'Environnement (1992-93), l'Enseignement scolaire (1997-2000) et la Famille (2000-2002) qu'elle s'est fait connaître, forgeant sa popularité sur les sujets jugés désuets de la vie quotidienne. Elle lance le congé de paternité, la pilule du lendemain au lycée, combat le bizutage et la pédophilie. C'est son concubin et père de ses quatre enfants François Hollande, rencontré à l'ENA, qui lui met le pied à l'étrier politique. En 1981, elle devient conseillère de François Mitterrand. En 1988, ils sont le premier couple à entrer à l'Assemblée, lui en Corrèze, elle dans les Deux-Sèvres. Populaire, elle caresse en 1995 l'idée de postuler à la primaire au PS, puis oublie. En mars 2004, l'avocate du chabichou s'empare de la région Poitou-Charentes, et se retrouve bombardée dans le club des présidentiables, héritant du surnom de "Zapatera". Elle connaît dès lors une ascension éclair au PS, parfois qualifiée de "hold-up". Fin septembre 2005, elle prévient sous les quolibets des "éléphants" qu'elle se lancera si elle est "la mieux placée" au PS. De l'"encadrement militaire" aux "jurys citoyens", en passant par "l'ordre juste", elle brise les tabous et balaye ses rivaux Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn: le 16 novembre, 60% des militants PS l'investissent candidate dès le premier tour. "Femme libre" et "mère de famille", cette fille de militaire au caractère de fer tente aujourd'hui de transformer l'essai.