Abstention conjoncturelle ou institutionnelle ?
Près de 40 % de français ne se sont pas déplacés dimanche pour élire leur député. Alors quon avait vanté, il y a un mois, lesprit civique retrouvé, on redécouvre les travers français...
Un énorme taux dabstention qui détonne face à la forte participation des élections présidentielles. On peut par conséquent émettre des doutes sur la valeur de ces élections. On ne peut se satisfaire de lemporter quand si peu délecteurs se sont sentis concernés. Bien sûr, lUMP est parvenue à mieux mobiliser les électeurs (mais cest souvent le cas) mais le temps est venu de réfléchir aux institutions de la Ve République. Et ceci peut être fait sous plusieurs angles !
Le premier est dordre conjoncturel. On peut en effet expliquer labstention par le fait que les élections législatives ont été dépréciées par les élections présidentielles qui la précédaient. Le spectre (exagéré ?) de la cohabitation pousse à la résignation voire au désintérêt les électeurs. Cest dautant plus le cas que lélection présidentielle avait suscité beaucoup despoir, que ce soit dans les rangs de la gauche ou dans les rangs de la droite. Lespoir est demeuré à droite. Il sest envolé à gauche. Avec une campagne qui imposait un choix, non pas de programme, mais plus de valeurs à insuffler, lattente était immense. Et lon se rend compte ainsi que les élections législatives, censées donner une impulsion aux réformes, ont elles aussi été basées sur des préceptes moraux. Et dans cette affaire, cest le débat et les propositions qui ont manqué. Ainsi, on peut affirmer dès lors que le placement des législatives après la présidentielle était une erreur car il a empêché la démocratie dexister. Pas dans le sens où la victoire de lUMP est discutable mais dans le sens où la confrontation didées a été amputée.
Voilà ce quil en est de laspect conjoncturel. Il est désormais nécessaire de sintéresser à un problème de fond : celui des institutions. Nous avons basculé clairement dans un système purement présidentiel, alors que la Ve République était plutôt un système mixte. De Gaulle avait voulu renforcer le pouvoir du président mais navait pas pu trop diminuer le pouvoir de lAssemblée nationale face aux réticences de ses députés. On est arrivé avec la juxtaposition du mandat des députés avec celui du président de la République à un bouleversement de la donne et cela a provoqué une incapacité de nos institutions à imposer une vision cohérente de lopinion française. Il y aura certainement 80 % de députés de droite, le sénat lui aussi est à droite. Pourtant, 47 % de Français ont voté pour une candidate de gauche lors de lélection présidentielle. Pire, du fait de cette représentativité imparfaite, comment peut-on accepter que le Parlement puisse voter des textes importants sans avoir recours au référendum, ce qui risque dêtre le cas pour la nouveau traité constitutionnel européen ? Linjection dune dose de proportionnelle à lAssemblée est de plus en plus réclamée. Mais dans quelle proportion et avec quels risques ? Pourquoi alors ne pas porter les réformes sur un Sénat moribond, qui a une mauvaise image auprès des Français qui se demandent à quoi il sert. Pourquoi ne pas élire les sénateurs au suffrage universel direct et non pas indirect comme cest la cas aujourdhui, à la proportionnelle totale pour une durée de cinq ans, et ce, à mi-mandat des députés ? Cela aurait plusieurs avantages :
1) Redonner vie à cette chambre quest le Sénat ;
2) Injecter une dose de proportionnelle dans la vie politique française sans risquer linstabilité propre à la IVe République ;
3) Permettre une consultation à mi-mandat des députés.
Mais ce nest pas à lordre du jour...