Elections législatives : les enjeux financiers et médiatiques
Les responsables politiques de lopposition ont bien du mal à convaincre leurs sympathisants daller voter. Pourtant, sils osaient parler des vrais enjeux des élections législatives, ils seraient peut-être plus crédibles.
Il semble admis que lUMP aura bientôt la majorité absolue à lAssemblée nationale. Dans ce contexte, les partis de lopposition peinent à mobiliser leurs électeurs pour un scrutin annoncé comme perdu davance.
Il faut dire que les incantations de François Hollande, qui déclarait le 29 mai "nous voulons une majorité de gauche" étaient peu crédibles. Quant à Ségolène Royal, elle est restée bien floue en évoquant sa crainte dune "majorité écrasante" et le "besoin dune respiration démocratique". Dans le même genre, François Bayrou a regretté "un déséquilibre [qu]un jour ou lautre, la France regrettera".
Mais aucun ne répond clairement à cette simple question : une majorité "de justesse" étant suffisante pour légiférer, quest-ce que ça change si la majorité est large ?
Car au-delà de lenjeu politique, on nose pas parler des enjeux financiers et médiatiques... qui seront pourtant déterminants pour les futurs résultats électoraux... jusquen juin 2012.
Laide publique est aujourdhui la principale source de financement des partis :
Une première tranche (33 millions deuros en 2007) est proportionnelle aux résultats obtenus par chaque parti aux législatives précédentes. Chaque formation politique ayant présenté des candidats dans au moins 50 circonscriptions et ayant obtenu au moins 1% des suffrages, touche 1,63 euro par voix obtenue, pendant cinq ans.
La deuxième tranche (40 millions deuros en 2007) est proportionnelle au nombre de parlementaires se déclarant inscrits au parti concerné.
Dautre part, la puissance publique rembourse, sous certaines conditions, tout ou partie des frais de campagne. LEtat octroie ainsi aux candidats ayant récolté au moins 5 % des voix du premier tour, un remboursement pouvant aller jusquà la moitié du plafond des dépenses autorisé dans la circonscription. Ce plafond sélève à 38.000 euros par candidat, montant auquel il faut ajouter la somme de 0,15 euro par habitant de la circonscription.
Un autre enjeu est le temps de parole à la télévision et à la radio. Car le principe d"équité", imposé par le CSA, est basé notamment sur les résultats des élections précédentes. Ainsi, un parti ayant eu une large avance aux élections présidentielles et législatives de 2007, aura aussi droit à une large avance médiatique, jusquà la campagne officielle des élections présidentielles de 2012 !
Cest pourquoi lintérêt de Nicolas Sarkozy nest pas seulement dobtenir une majorité permettant dappliquer son programme. Cest aussi dasphyxier tous les partis de lopposition, privés des ressources financières et de lespace médiatique nécessaires pour permettre une alternance politique en 2012.
Les sympathisants des partis de lopposition doivent voter le 17 juin prochain... non pas pour provoquer une improbable cohabitation, mais pour donner à lopposition les moyens dêtre entendue, pendant ces cinq prochaines années.
Sources :
Article déjà paru sur le blog du collectif "Jai pas voté Sarko" (jaipasvotesarko.over-blog.fr)
Lenjeu financier derrière les législatives" (lci.fr)
"Les règles du CSA pour la présidentielle" (nouvelobs.com)
Discours de François Hollande Paris Zénith (fhollande.net)
Interview de Ségolène Royal sur LCI (desirsdavenir.com)
Déclaration de François Bayrou (bayrou.fr)
Dessin : CHARB (Charlie Hebdo)