Du rôle de lépouse de chef de lEtat et des conséquences de la libération des otages de Kadhafi
Cécilia Sarkozy force ladmiration depuis hier ou au contraire suscite les critiques pour son rôle supposé dans la libération des infirmières bulgares. De mon point de vue, il est exagéré de lui attribuer un rôle dominant dans le dénouement de cette triste affaire et tout aussi injuste de lui denier toute influence, somme toute et compte tenu du résultat final, salutaire.
On la bien compris depuis leur arrivée à lElysée, chez les Sarkozy tout est affaire de style. Lénergie que le président de la République déploie pour imposer son rythme, sa façon de faire, les images quil produit à destination de la télé, sans oublier la résolution de son épouse de ne surtout pas ressembler aux premières dames de France qui lont précédées, traduisent un soucis permanent de mettre la forme au même niveau que le fond et dieu sait que celle-là, dans le cas qui nous préoccupe, revêt un caractère important.
« Sauver les apparences » est une constante chez le fier Kadhafi, pour qui a suivi son parcours tant par son tempérament dautocrate que par simple calcul politique. Ce matin encore, la plupart des sites dinformations libyens affichent encore des slogans dénonçant « le crime impardonnable (sic) perpétré à légard des enfants contaminés par le sida » dont le pouvoir a rendu coupables les infirmières bulgares dix ans durant avant de les renvoyer, subito, chez elles à Sofia.
Tout guide suprême quil est Kadhafi doit composer avec une opinion publique, plus précisément avec une opposition larvée qui se manifeste dans la ville indocile de Benghazi, théâtre premier du drame des enfants contaminés par le virus du HIV. Le leader de la révolution verte (ou ce quil en reste) peut désormais afficher à légard de son peuple une double satisfaction, sur le fond et sur la forme.
Et lon revient ici à Cécilia dont les aller-retour à Tripoli nont pu que rehausser limage du jusquà tout récemment peu fréquentable Kadhafi. Aussi élogieux pour lui que la première dame de France, personnalité fort médiatique, se soit entretenu avec son épouse Mabrouka et sa fille Aïcha, blonde peroxydée dont le seul fait darme par le passé est davoir fait partie un court moment de léquipe davocats chargés de défendre Saddam Hussein.
Vue sous cet angle-là, effectivement, Mme Sarkozy a pesé dans les négociations. En chimie, on parlerait dun agent catalyseur. Elle a accéléré par sa seule présence les manuvres diplomatiques menant à la délivrance des infirmières et du médecin dorigine palestinienne et ce nest pas rien. Surtout pour ces femmes et leur compagnon de mésaventure ; un jour de liberté, avant le jour dit, pèse autant quun siècle pour un innocent. Et ils le sont tous les six.
Pour autant, il serait naïf de croire que tout imbu de sa personne, Kadhafi pouvait se contenter de salamalecs décoratifs. Sa décision de délivrer ses otages a un coût politique dont on mesurera lampleur sans doute dès aujourdhui avec larrivée sur place de Nicolas Sarkozy. Le chef dEtat libyen a déjà obtenu des compensations financières à la hauteur de ce quil avait dû versé lui-même pour dédommager les victimes de lattentat de Lockerbie sans parler des autres aspects relatifs aux aides et à louverture promises par lUnion européenne.
Il serait bête de sa part de sarrêter en si bon chemin. Doù le caractère irrecevable de laffirmation hier de Nicolas Sarkozy lorsquil tonna, agacé, dans sa tentative de défendre sa femme : « On a résolu un problème, point », une sorte de circulez ! Y a rien à voir.
La politique, cest lart du mouvement. Ça ne sarrête pas à des faits aussi grands et admirables soient-ils que la libération des infirmières bulgares ou la chute de Saddam. Il y a toujours un après.