De la campagne du Net à la Déclaration dIndépendance du Cyberspace
Difficile de faire à ce stade un bilan sur le rôle joué par Internet lors de cette campagne. Heureusement quArte va diffuser ce soir "La campagne du Net", une chronique de la présidentielle sous langle Internet réalisée lors de cette présidentielle. Thierry Crouzet de son côté, déçu par lunivers politique, fait un bond en avant et tente dabandonner la logique des partis et propose la création dun nouveau réseau libre... Ce qui me fait faire un bond en arrière de 11 ans avec la déclaration dindépendance du Cyberespace...
« Les candidats se sont tous mis à Internet, avec plus ou moins de bonheur. Mais ils sont peu nombreux à avoir entendu cet appel au renouvellement du débat que lancent les internautes. Sur la Toile, les réactions se déchaînent. Sont-elles représentatives de lensemble des électeurs français ? Y a-t-il des e-favoris parmi les candidats ? Sefforçant de répondre à ces interrogations, le film part à la découverte des différents acteurs de la présidentielle sur le Net : équipes Web des candidats, e-militants, blogueurs influents... Il suit la chronologie de cette campagne numérique, des premières escarmouches dautomne (la vidéo montrant Ségolène Royal parlant des professeurs, à Angers) jusquaux grandes batailles du printemps. Il tente également de cerner le rôle dInternet en tant quoutil politique et démocratique, pointant au passage la difficulté avec laquelle les médias traditionnels prennent la mesure de ce phénomène et de ses règles du jeu »<!—[if !supportEmptyParas]—> <!—[endif]—>
Le film qui passe ce soir sera également accessible sur Internet dès demain pendant une semaine. En attendant, vous pouvez voir le blog du film<!—[if !supportEmptyParas]—> avec des rushs inédits. <!—[endif]—>
Et maintenant que la campagne est clôturée, Thierry Crouzet<!—[if !supportEmptyParas]—> essaye de trouver un moyen pour aller au-delà de la logique des partis. Son but est de créer une sorte de réseau libre : <!—[endif]—>
Le réseau Libre serait un méta-parti en quelque sorte, une structure horizontale plutôt que verticale. Il inaugurerait une nouvelle façon de faire de la politique, une façon tournée vers laction et non vers la recherche du pouvoir.
Réseau<!—[if !supportEmptyParas]—> : pour insister sur labsence de chef, la décentralisation, louverture... <!—[endif]—>
Libre : parce que le réseau ne se lie à personne ni à aucune tendance en particulier, parce que ses membres peuvent appartenir à toutes les mouvances politiques ou même à aucune... et dautant plus libre que le réseau, en lui-même, ne brigue aucun mandat (ce qui nempêche pas certains de ses membres davoir des ambitions électorales).
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<!—[if !supportEmptyParas]—>Comme je lai précisé dans un commentaire, cette description de réseau libre me rappelle furieusement la notion même dInternet.... Internet est le réseau libre par excellence ! Ensuite, tout est question doutil et de méthodes pour canaliser les millions de personnes qui le composent dans des actions intelligentes, intelligibles et concrète tant au niveau local que national. Les médias citoyens (présents et à venir) constituent un des moyens dagir concrètement au sein des réseaux libres. <!—[endif]—>
Cela dit, tout ceci me fait penser à la célèbre Déclaration dIndépendance du Cyberespace que John Perry Barlow (le co-fondateur de la Electronic Frontier Foundation) eu le courage de lire à Davos devant tous les chefs détat de la planète en 1996... Je pense que ce texte garde toute son actualité et vu les temps qui courent, il est vraiment à méditer... Le terme "Cyberespace<!—[if !supportEmptyParas]—><!—[if !supportEmptyParas]—>" est certes un peu passé de mode (on pourrait le remplacer par Internet ou blogosphère) mais la puissance et la fraîcheur du message restent intactes malgré le lyrisme de Barlow clairement inspiré par la Déclaration dindépendance des Etats-Unis et aux valeurs de la culture américaine.
DECLARATION DINDEPENDANCE DU CYBERESPACE
"Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et dacier, je viens du cyberespace, nouvelle demeure de lesprit. Au nom de lavenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser tranquilles. Vous nêtes pas les bienvenus parmi nous. Vous navez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.
Nous navons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près den avoir un, aussi je madresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsquelle sexprime. Je déclare que lespace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous navez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez daucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.
Les gouvernements tirent leur pouvoir légitime du consentement des gouvernés. Vous ne nous lavez pas demandé et nous ne vous lavons pas donné. Vous navez pas été conviés. Vous ne nous connaissez pas et vous ignorez tout de notre monde. Le cyberespace nest pas borné par vos frontières. Ne croyez pas que vous puissiez le construire, comme sil sagissait dun projet de construction publique. Vous ne le pouvez pas. Cest un acte de la nature et il se développe grâce à nos actions collectives.
Vous navez pas pris part à notre grande conversation, qui ne cesse de croître, et vous navez pas créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non écrits qui font déjà de notre société un monde plus ordonné que celui que vous pourriez obtenir en imposant toutes vos règles.
Vous prétendez que des problèmes se posent parmi nous et quil est nécessaire que vous les régliez. Vous utilisez ce prétexte pour envahir notre territoire. Nombre de ces problèmes nont aucune existence. Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. Lautorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.
Le cyberespace est constitué par des échanges, des relations, et par la pensée elle-même, déployée comme une vague qui sélève dans le réseau de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il nest pas là où vivent les corps.
Nous créons un monde où tous peuvent entrer, sans privilège ni préjugé dicté par la race, le pouvoir économique, la puissance militaire ou le lieu de naissance.
Nous créons un monde où chacun, où quil se trouve, peut exprimer ses idées, aussi singulières quelles puissent être, sans craindre dêtre réduit au silence ou à une norme.
Vos notions juridiques de propriété, dexpression, didentité, de mouvement et de contexte ne sappliquent pas à nous. Elles se fondent sur la matière. Ici, il ny a pas de matière.
Nos identités nont pas de corps ; ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons obtenir lordre par la contrainte physique. Nous croyons que lautorité naîtra parmi nous de léthique, de lintérêt individuel éclairé et du bien public. Nos identités peuvent être réparties sur un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent saccordent à reconnaître de façon générale est la Règle dOr [de lEthique]. Nous espérons que nous serons capables délaborer nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous tentez de nous imposer.
Aux États-Unis, vous avez aujourdhui créé une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui viole votre propre Constitution et représente une insulte aux rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. Ces rêves doivent désormais renaître en nous.
Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, parce quils sont les habitants dun monde où vous ne serez jamais que des étrangers. Parce que vous les craignez, vous confiez la responsabilité parentale, que vous êtes trop lâches pour prendre en charge vous-mêmes, à vos bureaucraties. Dans notre monde, tous les sentiments, toutes les expressions de lhumanité, des plus vils aux plus angéliques, font partie dun ensemble homogène, la conversation globale informatique. Nous ne pouvons pas séparer lair qui suffoque de lair dans lequel battent les ailes.
En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous vous efforcez de repousser le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du cyberespace. Ils peuvent vous préserver de la contagion pendant quelque temps, mais ils nauront aucune efficacité dans un monde qui sera bientôt couvert de médias informatiques.
Vos industries de linformation toujours plus obsolètes voudraient se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui prétendent définir des droits de propriété sur la parole elle-même dans le monde entier. Ces lois voudraient faire des idées un produit industriel quelconque, sans plus de noblesse quun morceau de fonte. Dans notre monde, tout ce que lesprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à linfini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée na plus besoin de vos usines pour saccomplir.
Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle quont connue autrefois les amis de la liberté et de lautodétermination, qui ont eu à rejeter lautorité de pouvoirs distants et mal informés. Nous devons déclarer nos subjectivités virtuelles étrangères à votre souveraineté, même si nous continuons à consentir à ce que vous ayez le pouvoir sur nos corps. Nous nous répandrons sur la planète, si bien que personne ne pourra arrêter nos pensées.
Nous allons créer une civilisation de lesprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé."
Davos (Suisse), le 8 février 1996.
John Perry Barlow
Electronic Frontier Foundation Home
Seule lerreur a besoin dun soutien gouvernemental. La vérité sait se défendre elle-même. Thomas Jefferson, Notes sur la Virginie.
Traduction de Jean-Marc Mandosio<!—[if !supportEmptyParas]—>.<!—[endif]—>
