Les erreurs stratégiques du PS
Candidate désignée trop tardivement, ligne idéologique floue, manque de renouvellement, le PS avait cumulé trop de handicaps face à la machine Sarkozy.
Ce fut lun des gros reproches fait à lopposition durant ces cinq dernières années : qui en est le candidat légitime pour la présidentielle, pour contrer Sarkozy, qui avait annoncé ses intentions de très bonne heure ? Le PS a longtemps traîné, plusieurs noms sont sortis : DSK, Fabius, Hollande, mais aussi Delanoë, Lang, Aubry, voire Kouchner... "Il y a plus de candidats que de militants !", ironiseront Les Guignols. Sans parler de léternel retour annoncé de Jospin. Le large succès aux régionales de 2004 na fait quamplifier les tensions entre rivaux, ce succès ayant semblé ouvrir une voie royale pour lElysée, surtout quaucun des favoris précités na souhaité sengager dans la bataille régionale. Une erreur, vu que Ségolène Royal, candidate finalement désignée à la surprise des pronostiqueurs (et notamment dAlain Duhamel, qui avait oublié de la citer dans un livre consacré aux candidats...), a justement su construire sa notoriété sur sa présidence de région, remportée largement sur les terres du Premier ministre de lépoque, Jean-Pierre Raffarin. Mais la désignation fut trop tardive pour créer une vraie dynamique de campagne. Ségolène Royal a affronté les mêmes rivalités internes que Nicolas Sarkozy, les mêmes attaques de lopposition que Nicolas Sarkozy, mais connaîtra aussi les mêmes affluences en meetings que Nicolas Sarkozy. Simplement, il lui aura manqué le temps qua eu son adversaire pour simposer en patron de son mouvement, malgré le fait que lui non plus nait pas été consensuel dans sa famille politique.
2/ Un flou idéologique certain
Jusquau bout, Hollande aura tenté de concilier (et surtout de ménager) les carpes et les lapins. "Le candidat, cest le projet !" naura-t-il cessé de marteler. Ironie du sort : la candidate désignée par les militants sera celle qui aura le plus su se démarquer des limites du projet socialiste. Preuve que (et lélection de Nicolas Sarkozy le confirme), la présidentielle est plus la rencontre dun homme (ou dune femme) et du peuple, quune logique de parti et de projet. Le PS semblait pourtant avoir adopté une voie sociale-démocrate avec succès en 2004 : majoritaire aux régionales face à une extrême gauche affaiblie, puis de nouveau vainqueur aux européennes avec un alignement clair sur la ligne du PSE (Parti socialiste européen, regroupant le PSOE de Zapatero, le Labour Party de Blair, le SPD de Schröder, etc.). Pour revenir sur la désignation du candidat, le PS a probablement eu tort de ne pas solver la question dans la foulée de ces succès électoraux. Une désignation à cette date aurait évité le référendum interne sur le TCE, puis les tensions liées au rejet de celui-ci, nécessitant une redéfinition idéologique qui na finalement pas eu lieu, le PS ayant choisi dadopter un consensus entre motions réformistes et progressistes, plutôt que de trancher clairement dans une direction.
3/ Un manque de renouvellement
Sarkozy a aussi réussi à renouveler léquipe de lUMP, ce que le PS na pas su (voulu ?) faire. Un exemple fut flagrant dans la soirée de dimanche soir, où Laurent Wauquiez, Ramat Yade, et Rachida Dati étaient assis en face de Jean-Pierre Chevénement, Claude Bartolone, et Jean-Louis Bianco. Dun côté, une UMP black-blanc-beur, et jeune. De lautre, le crépuscule des vieux... Il est clair que le PS peut sérieusement se poser des questions, à lapproche de législatives où si le PS présente plus de femmes (50% contre 30% pour lUMP), il ne les présente pas forcément sur des circonscriptions plus gagnables (lexemple de lIsère est assez édifiant : les trois femmes investies par un bureau fédéral pourtant largement ségoliste se trouvent sur les trois circonscriptions où la droite enregistre ses plus forts scores...). Et que dire des minorités visibles ? Malek Boutih, Kader Arif, Sofia Otokoré et Harlem Désir sont devenus invisibles alors quils appartiennent à la direction du PS. Seule Najat Belkacem a réussi à émerger dans lorganigramme de la candidate (représentant à la fois jeunesse et génération issue de limmigration), ainsi que Christiane Taubira, députée de Guyane (département doutre-mer qui a, malgré ce soutien, largement voté pour Sarkozy).
Que faire, maintenant ?
Il importe comme première priorité de se battre pour les législatives, pas pour les gagner (peu probable, et de toutes façons la cohabitation nest pas souhaitable), mais pour essayer de faire entrer de nouveaux visages à lAssemblée nationale (et si éventuellement quelques anciens pouvaient en sortir, cela permettrait un certain rafraîchissement...), quitte à soutenir quelques candidatures du Mouvement démocrate là où le PS na aucune chance de lemporter... Et après le PS ne pourra plus se permettre de gâcher cinq années de tourments idéologiques ou de choix de candidat. Lidéal serait de désigner un nouveau leader pour mener une vraie révolution idéologique. Quitte à aller à la scission, que Hollande a voulu (à tort, à mon humble avis) éviter à tout prix. Lexcellent score de Bayrou au premier tour (conjugué à leffondrement des partis extrêmes) prouve quil y a un espace de centre-gauche, autour dun réel parti social-démocrate (Bayrou et DSK vont finir par se croiser à force dévoluer lun vers la gauche, lautre vers le centre...). Et les progressistes (Mélenchon, Emmanuelli...) pourraient tout à fait se retrouver sur un parti plus à gauche, avec les restes du PCF, pour fonder un parti représentant (enfin !) le "non" de gauche au TCE. A limage de lexemple allemand, où Schröder a dirigé le SPD, de centre-gauche, pendant que son ancien associé Oskar Lafontaine formait, avec les anciens communistes, le Linkspartei. Rien nempêche des collaborations entre gauches au niveau des collectivités locales, comme cest toujours le cas dans de nombreuses municipalités, plus de la moitié des conseils généraux, et 20 régions sur 22... Mais pour la présidentielle, on ne peut plus se permettre de flou idéologique autour du (ou de la) candidat(e) désigné(e) - et cette fois-ci, le plus tôt sera le mieux...