
Le procès pour crimes de guerre de Charles Taylor, ex-président libérien accusé de soutien aux rebelles qui ont martyrisé des civils en Sierra Leone dans les années 90, doit débuter lundi devant une chambre du Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) siégeant à La Haye.
Charles Taylor, 59 ans, est le premier chef d'Etat africain jugé par un tribunal international.
Il est emprisonné depuis un an au Centre de détention de Scheveningen, en banlieue de La Haye, où était également détenu l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic jugé par le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie, et où il est décédé le 11 mars 2006.
"Ce procès a une signification historique parce qu'il traite de crimes graves commis par un ancien chef d'Etat", a commenté le procureur du TSSL Stephen Rapp.
Taylor doit répondre de 11 chefs d'inculpation de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Selon l'acte d'accusation, il contrôlait des rebelles au Sierra Leone qui ont tué et mutilé des civils, contraint des femmes à l'esclavage sexuel et recruté ou forcé des enfants à s'enrôler comme soldats.
L'accusé est considéré comme la figure centrale dans les guerres civiles qui ont ravagé le Libéria et la Sierra Leone entre 1989 et 2003 et fait près de 400.000 morts.
L'accusation compte présenter 150 témoins.

Le TSSL est basé à Freetown, mais Taylor a été transféré à la demande de la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf qui invoquait des raisons de sécurité. La Cour pénale internationale (CPI) lui loue ses locaux et ses cellules.
Charles Taylor plaide non coupable. Selon son avocat, Me Karim Khan, il n'est qu'un acteur mineur du conflit, pour avoir soutenu le Front révolutionnaire uni (RUF) et le Conseil des forces armées révolutionnaires (AFRC), des groupes révolutionnaires sierra-léonais.
Me Khan s'est toujours plaint lors des audiences de préparation du procès du manque de temps et de moyens à disposition de la défense, ajoutant que la délocalisation des audiences privait son client d'un procès équitable.
S'il est condamné à l'issue du procès qui devrait prendre un an et demi, selon l'accusation, la Grande-Bretagne est prête à l'accueillir comme prisonnier.