UMP-Nouveau Centre : la menace dune victoire trop large
Comme le soulignait Benjamin Disraeli, le Premier ministre de la reine Victoria, "nul gouvernement ne peut être longtemps solide sans une redoutable opposition". Nul doute que Nicolas Sarkozy devrait garder ces paroles en tête alors que les Français semblent décidés à lui donner une très large majorité à lAssemblée nationale dimanche si lon en croit les sondages récents. Selon les instituts, cest de 400 à plus de 450 députés que lUMP et le Nouveau Centre pourraient obtenir.
Evenèment intéressant, Nouveau Centre devrait pouvoir créer un groupe parlementaire et donc avoir une réelle liberté de parole par rapport à lUMP, garantie par lindépendance financière du mouvement. Cette recréation de lUDF sabordée par François Bayrou est intéressante quand on sait que Sarkozy nétait pas un fervent partisan de la création de lUMP par Jacques Chirac. Retour en arrière ? De quoi contredire François Bayrou qui voyait un autocrate en Nicolas Sarkozy, avec lequel les centristes nauraient pas voix au chapitre.
Paradoxalement, cette annonce dune probable très large victoire de lUMP et de Nouveau Centre inquiète plus à droite quà gauche. Et pour cause... Il y a deux raisons majeures : une large victoire, cest une unité mise à mal et une opposition potentiellement inexistante.
- Tout dabord, concernant lunité dune majorité de 450 députés, il suffit de voir la situation avant même le résultat des urnes connu... Ca se tire dans les pattes pour la présidence, les commissions, etc. Certains députés UMP envisagent même la création dun groupe supplémentaire... La chambre bleu/rose déric Dupin nest pas certaine même si, certes, PCF et Modem nauront très probablement pas de groupe. Mais le bleu sera nuancé, avec entre autres un Nouveau Centre probablement plus indépendant que ce que lon peut penser.
Ensuite, un PS laminé et un Modem renvoyé à bobo land, cest inquiétant à plusieurs titres.
- Seules les circonscriptions les plus à gauche auraient des députés PS, les moins enclins au compromis avec la droite. Plus cest petit, plus cest méchant... La probabilité davoir une opposition constructive est inversement proportionnelle à lampleur de la défaite pour le PS.
- Cette absence dopposition constructive accentue la pression sur lUMP et Nicolas Sarkozy, condamnés à faire seuls le travail de concertation. Gageons que la présidence de la commission des finances qui sera décernée à lopposition ne responsabilisera pas le PS tant quil naura pas décidé de se réformer et dabandonner ses vieilles lunes : collège unique, réduction du temps de travail, assistanat, réduction des libertés économiques.
Jespère comme Guy Sorman une "gauche girondine" ou comme Koz une gauche de proposition mais je ny crois pas pour linstant. Le PS dirigé par Royal ne peut pas entamer la refondation nécessaire vers une économie sociale de marché inspirée de lordolibéralisme. Royal refuse dadmettre la défaite et préfère des alliances à la refondation programmatique. Elle ne peut donc pas mener la reconstruction du PS. Un DSK trop peu populaire au sein de son parti non plus. Alors qui reste-t-il ? Delanoë ? Face à Royal (à la tête du parti ou très proche), il ne pourrait rien. Cinq ans de perdus en vue pour le PS