Eric Besson schizophrène ?
Eric Besson, député de la Drôme, maire de Donzère, ancien secrétaire national du Parti socialiste à léconomie et à la fiscalité jusquà sa démission le 21 février dernier, a annoncé quil soutenait Nicolas Sarkozy. En janvier, il avait pourtant écrit un réquisitoire à charge contre le candidat de lUMP: "Inquiétantes ruptures de Nicolas Sarkozy" puis, après sa démission du PS, il a sorti un livre à charge contre Ségolène Royal intitulé: "Qui connaît madame Royal?". Eric Besson est-il schizophrène? Ou bien simplement un opportuniste qui tente de se faire une place auprès du candidat de droite, candidat quil critiquait fortement il y a encore quelques mois?
Mais quelle crédibilité a Eric Besson aujourdhui ? En effet, après avoir signé un document accusant les "inquiétantes ruptures de Nicolas Sarkozy", il retourne sa veste et soutient maintenant le partisan de cette rupture quil condamnait il y a peu. Dans son argumentaire "Linquiétante rupture de Nicolas Sarkozy" quil a coordonné pour le Parti socialiste contre son désormais favori, il se demandait : "La France est-elle prête à voter en 2007 pour un néoconservateur américain à passeport français ?". (Dans son dernier livre "Qui connaît Madame Royal ?", il dit regretter cette phrase.).
Rappelons-nous ainsi ce que M.Besson écrivait en janvier sur Nicolas Sarkozy :
"Lhomme ne manque ni didées, ni de force de conviction, ni de capacité de séduction. Son énergie, son culot, son aplomb, son ambition, sa soif inextinguible de reconnaissance sociale et de pouvoir, sa résistance à ladversité sont légendaires. Son supposé "parler vrai", son sens de la formule, son insolence étonnamment juvénile en font un bon client pour les médias audiovisuels."
"Ce "Sarko-show" est une arme de dissimulation massive, car celui qui ne cesse de prétendre vouloir être jugé sur ses résultats na pas son pareil pour masquer les piètres bilans de son action. Ceux dun médiocre ministre de lEconomie et des Finances ou ceux dun ministre de lIntérieur survolté mais peu efficace : les violences faites aux personnes nauront cessé daugmenter en dépit de ses communiqués triomphants."
"Mais léchec natteint que rarement notre héros. Le plus souvent parce quil le noie dans le mouvement perpétuel : chaque fois quil se trouve en difficulté ou se voit obligé de se justifier de son action, le candidat de lUMP se saisit dun fait divers pour enfiler la combinaison quun Le Pen laisse parfois au vestiaire de celui qui dit tout haut ce que les Français pensent tout bas. Un jugement à lemporte-pièce, une provocation suivie dune polémique, le tout conclu par un sondage qui démontrerait que Sarkozy a les élites contre lui mais le peuple avec lui et le tour est généralement joué. En cas de nécessité, si provocation et écran de fumée ne suffisent pas, Nicolas Sarkozy actionne le parachute de secours, celui de la défausse. Car celui qui se décrit comme un pieux catholique naime rien tant que battre sa coulpe sur la poitrine des autres : il nest, par essence, jamais responsable. Ses erreurs, ses échecs ? Cest toujours la faute des autres."
"À George W. Bush, Nicolas Sarkozy ne sest pas contenté demprunter les slogans ou la mise en scène (ah ! cette intronisation du président de lUMP avec un décor calqué sur celui de la campagne de Bush...). Il lui a pris la méthode : parler des problèmes des gens, à défaut davoir la moindre idée de la façon de les résoudre. Se servir des mots pour prétendre panser les maux. Décrire ce que lon est incapable de guérir. Diagnostic claironné ..., inefficacité à moitié pardonnée".
Changement de camp
Et maintenant on change de camp et on publie un livre avec beaucoup de pub autour contre la candidate quil soutenait il y a peu (cest amusant de voir que le livre dAzouz Begag, lancien ministre délégué à la Promotion de légalité des chances et désormais soutien de François Bayou, dans lequel il critiquait durement Sarkozy, nait pas eu le même écho médiatique). Ainsi, dans son livre Qui connaît Madame Royal ?, Eric Besson annonce quil ne votera pour la candidate du PS "ni au premier ni au second tour de lélection, sauf si elle était opposée à Le Pen". (...) Pourtant jusquà ma démission, jai été un artisan loyal de sa campagne, je me forçais à avancer en dépit de ce que je constatais, jai vu la brutalité, jai vu limpréparation. La désinvolture. Jai vu la démagogie."
Lancien membre du PS accuse également Mme Royal de "populisme". En effet, il estime que trop de ses propositions vont dans le sens des bas instincts du peuple. "Elle joue de sa victimisation, elle instrumentalise le féminisme, les souffrances des femmes et celles des exclus pour asseoir son pouvoir." (...) "Jai compris, un peu tard, après avoir fait plus dune douzaine darticles à Désirs davenir sans jamais de réponse que la démocratie à la Ségolène nétait quune mascarade. Elle promeut une démocratie participative qui nest que mascarade. Seule sa propre gloire la motive. Elle use et abuse de démagogie (...) Finalement, avec Ségolène, nous avons une candidate qui dit à chacun ce quil veut entendre. (...) Cétait énormément de travail, le mien et celui de dizaines dexperts bénévoles (...). Mais jai compris que ce travail ne servirait à rien (...)."
Après ce rappel des faits, je précise que je ne critique pas Eric Besson sur le fait quil napprécie pas Ségolène Royal et quil ait écrit un livre à charge contre elle, mais je lui reproche quaprès avoir fait un document à charge très dur envers Sarkozy en janvier, il se rallie à lui en disant quil est le meilleur candidat à ses yeux. Ainsi, je pense que lancien dirigeant socialiste na vraiment pas beaucoup de crédibilité.