| France: Faut-il avoir peur des tests ADN ? | |
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| Catégorie: Monde |
| Source: Jeune Afrique |
| Dimanche 23 Septembre 2007 à 00:00 |
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par GEORGES DOUGUELI La nouvelle loi sur la maîtrise de limmigration suscite, à tort ou à raison, une tempête de protestations essentiellement morales. Après des débats tendus à lAssemblée nationale, le projet de loi sur la maîtrise de limmigration a été adopté le 20 septembre, au petit matin, par les députés français. Critiqué jusque dans les rangs de la majorité, ce texte autorise « le demandeur dun visa pour un séjour dune durée supérieure à trois mois, [
] ressortissant dun pays dans lequel létat civil présente des carences » à « solliciter son identification par ses empreintes génétiques afin dapporter un élément de preuve dune filiation déclarée avec au moins lun des deux parents ». Même adoptée par lAssemblée, la loi Hortefeux continue de diviser lopinion. Tout le monde saccorde sur la nécessité de maîtriser limmigration, mais un certain nombre de scientifiques et dassociations nen sont pas moins embarrassés, voire choqués, par ce recours à une solution contraire à la tradition française. Pour linstant, seuls les étrangers sont visés - ce qui est déjà beaucoup -, mais demain ? La loi de bioéthique de 1994 et larticle 16-11 du code civil nautorisent les tests génétiques quà des fins scientifiques et médicales. Un père de famille na, par exemple, pas le droit, sans le feu vert dun juge, de faire réaliser un test ADN pour sassurer quil est bien le géniteur de ses enfants. Ceux qui sopposent aux tests génétiques pour des raisons éthiques sindignent de ce « retour en arrière ». Directeur de lInstitut Cochin de génétique moléculaire, Axel Kahn explique : « En règle générale, les enfants procèdent biologiquement de la mère et dun père. Mais il nen est pas toujours ainsi. La femme peut être inséminée avec un sperme de donneur ; les enfants peuvent être adoptés ; le père légal peut être différent du père biologique sans que cela remette en question le lien familial. » Que fera-t-on, par exemple, si une femme désirant rejoindre son époux a trois enfants, dont un dun père différent ? « La mère sera-t-elle contrainte dabandonner cet enfant illégitime ? » sinterroge le Pr Kahn. Selon les généticiens, entre 3 % et 8 % des enfants français de souche sont adultérins. Ces chiffres sont sans nul doute beaucoup plus élevés dans le cas dune famille dont le père réside depuis longtemps à létranger. Reste que, scandaleux ou pas, les tests génétiques ont pour but essentiel de lutter contre la fraude et les défaillances de létat civil dans certains pays dimmigration. Et que de nombreux autres pays occidentaux y recourent sans complexe. Une étude commandée par le Sénat et publiée au mois de juin confirme lexistence dune « fraude documentaire endémique ». À la suite du « scandale des visas » au consulat de France à Moscou, en août 2006, le sénateur UMP Adrien Gouteyron a enquêté au Congo (Pointe-Noire), à Madagascar (Toamasina, Antananarivo), en Russie (Moscou, Saint-Pétersbourg) et en Turquie (Ankara, Istanbul). Il a constaté que les consulats de France reçoivent de nombreux dossiers de demande de visa (entre 30 % et 80 %, selon les pays) constitués de faux documents. Et que les pressions des élus, des cabinets ministériels et des acteurs économiques pour favoriser tel ou tel dossier ne sont pas rares. Au consulat de Pointe-Noire, il relève « trop dexemples de regroupement familial dont il avait été démontré que le lien de filiation avait été falsifié ou de jugements de naturalisation avec des identités usurpées ». À en croire son rapport, la pratique est également courante dans des pays comme le Sénégal, la RD Congo, les Comores et la Côte dIvoire. Sur le terrain, en Afrique, les agents consulaires nont pas attendu le rapport Gouteyron pour tenter dendiguer la fraude. En général, ils demandent aux services de létat civil de certifier que le document présenté dispose dune « souche » dans les registres de la commune de naissance du demandeur. Mais les agents de lÉtat ne sont pas tous irréprochables et transmettent souvent de fausses informations aux consulats. Conscients des limites du procédé, les Américains utilisent pour leur part les services dun auxiliaire de justice assermenté, qui se rend dans les mairies et les centres détat civil pour constater de visu lexistence des souches. Tandis que lopinion se focalise sur le recours aux tests ADN - qui doit encore être examiné par le Sénat -, dautres dispositions de la loi Hortefeux sont passées complètement inaperçues. Ainsi, les demandeurs dasile déboutés nont désormais plus que quinze jours pour saisir la Commission des recours des réfugiés, au lieu dun mois auparavant. Par ailleurs, afin de prendre « la mesure de la diversité des origines des personnes », linterdiction de tout recensement sur des bases ethniques a été supprimée. Et si lADN nétait finalement que larbre qui cache la forêt ? |