Un tel score au premier tour dune élection présidentielle pourrait laisser rêveur. Une telle présence lors de la première semaine de lentre-deux-tours pourrait même susciter certaines jalousies. Cependant, en ne franchissant pas ce cap si crucial du 22 avril, François Bayrou est malgré lui entré dans une logique implacable dominée par un bipartisme démocratiquement choisi par les Français avec une légitimité sans faille : une chute inéluctable, peut-être provisoire mais probablement suffisamment importante pour tenir éloignés les centristes purs et durs de toute joute politique dici 2012, date où Bayrou pourrait éventuellement faire son retour en sauveur anti-Sarko selon comment se seront déroulées ces cinq prochaines années.
En effet, comment pourrait-on croire à un score pesant du nouveau Mouvement démocrate aux élections législatives de juin ? Entre dun côté un UMP qui na jamais été aussi puissant et qui sera, qui plus est, dopé par le président Sarkozy en personne dans les divers meetings de campagne, et dun autre côté un PS revanchard vers qui les déçus du Sarkozisme se tourneront en masse afin doffrir à la France un contre-pouvoir suffisant. Voilà François Bayrou et ses hommes "au milieu", comme ils aiment si bien lêtre, mais cette fois-ci pris dans un étau difficilement ébranlable.
Outre ce bipartisme appelé à se renforcer, entre également en jeu la difficulté de lancer un tout nouveau parti, clairement et simplement amené à démarrer de zéro tant les proches amis de François Bayrou semblent un par un rallier la machine UMP. Dernier en date, Hervé Morin, lui pourtant le bras droit de Bayrou pendant les présidentielles, qui a annoncé lundi vouloir finalement rejoindre la majorité en dénonçant plus ou moins indirectement lattitude "oppositive" de François Bayrou. A ceci se rajoutent les précédentes défections dentre les deux tours allant du député UDF du Loir-et-Cher Maurice Leroy (pas tendre depuis avec François Bayrou) à lami personnel et député du Gard, Yvan Lachaud, sans oublier les déclarations de la directrice de campagne Marielle de Sarnez le soir même des résultats du 6 mai, annonçant à demi-mots sur TF1 son éventuelle tentation de travailler avec lUMP (annonçant finalement sa fidélité au MD quelques jours plus tard)...
Au final, le nouveau MD aura du mal à rassembler les 18.5% du 22 avril autour de ses différents candidats législatifs, puisque lUDF menace de faire scission et de continuer à exister en parallèle tout en étant associé à lUMP. Il ne pourrait donc rester au MD quune dizaine de % (12 selon les premiers pré-sondages des législatives), soit à peine suffisant pour espérer se maintenir au deuxième tour dans une majorité de circonscriptions...
Que doit donc faire Bayrou pour que son Mouvement démocrate tienne la route et ne sombre pas totalement dans loubli ? Selon moi, il doit justement accepter de sombrer ou plus précisément de séclipser ne serait-ce que lespace de quelques années, le temps de se construire et de tranquillement progresser dans une opposition peut-être grandissante selon les potentiels échecs de la présidence Sarkozy. En attendant, pour les législatives, François Bayrou doit probablement se préparer à ce qui va ressembler à un gros échec, tout en espérant obtenir une petite dizaine de députés, peut-être 50 au maximum, même si ce nombre sera déjà très difficile à atteindre.
Cependant, Bayrou saura-t-il être patient ? Cèdera-t-il à la tentation de possibles alliances avec le PS entre les deux tours de juin au risque de tout perdre, comme le PS dailleurs, et de se mettre en danger pour 2012 ? Car lobjectif de François Bayrou et de son MD, cest désormais plus 2012 que juin 2007. Voilà pourquoi, selon moi, il leur faudra se contenter dune position dattente afin de construire un grand projet durable et implacable pour les prochaines échéances présidentielles, et ainsi laisser le PS eventuellement se déliter (voire même se scinder) dans une opposition dure et sans relâche. Le MD pourra ainsi tenter de revenir frais et dispo présenter un programme plus ou moins "révolutionnaire" dans cinq ans.
Le Mouvement démocrate est donc bien un parti davenir, pour cela il doit prendre le temps de se forger une identité en dehors de toute alliance et de rassembler massivement autour de François Bayrou. Ceci ne sera pas possible en un mois, les législatives seront donc surtout une sorte dentraînement grandeur nature pour les hommes de François Bayrou, histoire de poser les premiers jalons dune force politique qui savèrera peut-être forte, voire dominatrice, après les échéances de 2012...