Lactualité se charge à la vitesse grand V: grève des marins pêcheurs, grève à luniversité, grève à la SNCF et la RATP, broncas répétées contre Rachida Dati et affaire de lArche de Zoé. Sarkozy est déjà allé jouer les gros bras devant les salariés dun entrepôt de la SNCF, il est allé au Tchad et devant les marins pêcheurs. Sarkozy prend la place de tous ses ministres (Lagarde, Kouchner, Barnier). Il intervient partout à la vitesse de léclair. Où serait le mal?
Accusés de « complicité de trafic de mineurs », les sept membres déquipage espagnols de lavion affrété par lArche de Zoé, obtiennent un grand soutien de leur gouvernement. Alors que Paris insiste sur la « souveraineté du Tchad », le secrétaire dEtat espagnol aux Affaires extérieures, Bernardino León, veut « résister avec fermeté » et a défendu fermement la présomption dinnocence des sept Espagnols. Il sest dit en « désaccord profond » avec les chefs daccusations et affirme quil nexiste pas de preuve contre eux. Le ministre des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, affirme même quils ne sont « responsables de rien ». De quoi souligner limpression de mollesse de la position française. Comme vous pouvez le lire dans la fin le journaliste parle de mollesse française et également dune vision côté espagnol au départ en contradiction avec celle de Sarkozy et Rama Yade. Sarkozy est entré tard dans la danse, et pas avec le dos de la cuillère puisquil a enfoncé tous les opérateurs de cette Arche en perdition. Puis il a indiqué que le Tchad était un Etat souverain, poursuivant plus tard quil fallait tenir compte de la présomption dinnocence, distinguant par la suite les journalistes des autres et allant avec son petit avion à CO2 Grenelle chercher les trois journalistes et quatre hôtesses de lair (on se demande pourquoi les stewards seraient plus coupables que les hôtesses du reste et on se demande pourquoi lambassadeur de France sur place naurait pas pu accompagner les sept personnes jusquà un avion). Il termine aujourdhui en disant quil ira chercher tous les Français. Ce dernier point est à rapprocher de cette sortie quil a faite à un marin pêcheur que vous pouvez regardez [ici-> http://www.lemonde.fr/web/video/0,47-0@2-3224,54-975043,0.html]. Voici retranscrites ses paroles (en bruit de fond on entend 140 %, putain, etc.) « Qui est-ce qui a dit ça ? Cest toi qui as dit ça ? Descends pour le dire, descends. Si tu crois, si tu crois, si tu crois quen insultant cela va régler le problème des pêcheurs . Permets-moi de te dire, permets-moi de... baffouillements... Bien, viens, viens, viens. »
Lénervement est une marque de fabrique de Nicolas Sarkozy. Lénervement et le tutoiement méprisant. Mais ce que je voudrais surtout souligner, doù le titre de cet article, cest quil nagit pas en chef dEtat. Il agit en parfait petit caïd de banlieue entouré de ses gardes du corps. Si je lie cet incident à lArche perdue, cest que là aussi, au-delà du fait que pour la seconde fois il embrasse un dictateur et celui-ci a utilisé des enfants de 13 ans dans sa milice, au-delà du fait quil donne à nouveau une tribune à un dictateur, il ridiculise la diplomatie, il court-circuite ses ministres alors quil ny avait aucune obligation de son intervention. Cela pose de lourdes questions. Un Etat est formé de ministres et de conseillers, de préfets, dagents de lEtat, de diplomates, de personnes compétentes en somme, personnes qui connaissent leur travail, qui ont tissé des liens, qui connaissent les lois (mieux que Sarkozy), les circonstances, la jurisprudence, les canaux et les passages obligés. Cet Etat a un ambassadeur à NDjaména. Si le chef dEtat supprime dans une opération tous les intermédiaires pour une efficacité spectacle - car le problème nest que partiellement résolu et il laurait été sans lui -, que se passera-t-il à chaque problème international ? Dune part sil traite le problème dans lurgence et la médiatisation (on la vu pour Ingrid Bettencourt) il va commettre des erreurs dont un jour celles qui seront irréparables. Dautre part sil ne sen occupe pas cela crée une distorsion entre le traitement des problèmes donc de linjustice. Et que fera-t-il en cas de, disons, trois problèmes simultanés ? Mais il cumulera forcément les deux : des affaires qui ne seront pas traitées par lui et celles qui amèneront des dégâts irréparables. Pour cette histoire de Tchad, en intervenant en chef suprême, il ne laisse plus aucune place pour quun autre instance au-dessus puisse intervenir ensuite. Sa rapidité a déjà créé des contradictions (Etat souverain, puis intervention dans la justice de cet Etat), mais nous entraîne sur une piste glissante : lingérence juridique. Pour linstant lavocat de lEtat tchadien a répondu à Sarkozy que ce nétait pas à lui à dicter la justice au Tchad. Le ministre de la Justice de NDjaména démontre que cette convention nest pas applicable et enfin déclare quaucune demande na été faite encore. Par ces paroles de matuvu, il va énerver considérablement les Tchadiens et, par voie de conséquence, mettre en péril pour la suite la défense des "humanitaires" emprisonnés. De même, la fonction de président subit de plein fouet une dégradation ultra-rapide par démonétisation de son rôle. Sil ny a pas de gradation dans les interventions, il y a nivellement par le bas et plus aucune porte de sortie par le haut. Mais elle prend aussi un coup à cause de ses énervements répétitifs et surtout avec ce comportement de caïd de banlieue, de caïd à tous contre un comme le sont tous les caïds de banlieue. Dans cette altercation on croirait entendre lun deux. Ce "Viens, viens, viens" qui ne la entendu par un voyou qui veut se battre ? Toute dignité perdue, il bafouille de rage. Mais quel courage y a-t-il à demander à un marin de venir "sexpliquer" comme deux hommes sexpliquent - et lorsque lon dit que deux hommes sexpliquent on dit quil vont essayer de senvoyer quelques horions, alors quil est chef dEtat ? Cest ce comportement qui lui fait dire quil va aller chercher les Français au Tchad. Non seulement cest un erreur magistrale en matière de diplomatie, mais en plus cest dun orgueil démesuré. Comme il va aller chercher la croissance à 3 %. Lactivisme a ses limites et la démonstration de force aussi. Sarkozy dérape - semble-t-il - de plus en plus. Et sa fonction perd toute dignité, tout recul, toute réflexion et toute action calme et efficace. Une fois son rôle dévalué, son influence va suivre. La peur et la lèche lui permettent encore de se dresser sur ses ergots devant les députés UMP, mais bientôt léquilibre entre la peur et la révolte va se rompre, et ses ouailles qui en ont déjà assez des couleuvres et des engueulades vont faire quelques dégâts. Mais cela nest que de la politique interne à lUMP. En France et à létranger, son comportement colérique va avoir des conséquences autrement plus graves, dont une perte dinfluence, une image dégradée de notre pays. Alors ceux qui croient que sauter dans un avion avec des caméras, cela résout tous les problèmes vont déchanter.
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