Depuis le démantèlement de la structure bicéphale régissant lordre politique mondial, la situation de lAfrique, pourtant libérée de certaines contraintes du monopartisme, nest pas rose. Le paysage politique actuel na pu relever les défis économiques: la pauvreté est grandissante. Nombre dAfricains, en quête dune meilleure vie par lémigration, sobstinent à croire que le chemin vers lEurope leur permettrait de récupérer... Chimère! dans la mesure où ils courent le risque dintégrer linconnu Quart-Monde, une situation défavorable qui pourrait compromettre leur marge de sécurité, nécessaire à une disposition à donner un coup de pouce au développement économique de leur pays dorigine.
Historiquement, la sacralisation du pouvoir politique permettait à lhomme de faire ce qui se fait sans raison, mais cette liberté daction sinscrivait dans une logique de système de pouvoir non différencié, si bien que celui-ci était perçu comme une source denrichissement pour celui qui lincarne, afin de jouir dun grand prestige. Or, de nos jours, la politique est presque un sacerdoce au service de la population, de sorte que la promotion de lintérêt général en soit la règle de conduite. La politique coloniale, abstraction faite de sa connotation paternaliste, admettait la conjugaison de lEglise et de lEtat, en vue de féconder une justice sociale dépendante de la raison dEtat, une fois que le cordon est coupé.
Depuis laccession à lindépendance, la politique de la nation est conduite par un Etat qui se veut laïc en proclamant son autonomie. LEtat, sous cette perspective, na pas pourtant perdu son autoritarisme. En se montrant hostile à toute initiative de réforme institutionnelle, lEtat a bel et bien hérité la philosophie du pouvoir colonial. La gloire des dirigeants politiques prime alors la souveraineté du peuple, avec le délabrement du tissu économique au bout du compte.
Le plus paradoxal, dans la plupart des pays dAfrique, est de voir se constituer une classe dominante qui se confond avec la classe politique ; cette dernière est dépourvue de moyens de production, ce qui nest pas le propre dune bourgeoisie dans une société de type capitaliste. Voilà le produit de la conviction selon laquelle le royaume politique, une fois quil est conquis, fera venir le reste par surcroît. Vision de rêve ! Et pourtant lAfrique des merveilles nest pas un mirage, dautant plus quil a été pris en considération par lOccident dans sa conquête de lespace terrestre. Mais où donc se trouve ce paradis inconnu, cet inespéré bonheur, ce désert enchanté où chacun voudrait vivre, rêver, aimer ?
Certes, il faut honorer dans les pauvres les préférés de Jésus-Christ, parole de lEvangile. Toutefois, cest de la pauvreté découlant de lordre naturel des choses quil sagit. Par contre, la pauvreté qui résulte dune action politique déloyale est inacceptable, car elle fait penser à un type de gouvernement qui admet la perversité pour maintenir lhomme dans lunité cosmique. Là-bas, les responsables politiques ont tellement une passion frénétique du mode de vie occidental quils tentent de devenir riches en coup de vent. Ils créent le genre de paupérisme qui a tendance à être exporté vers lEurope par ceux-là qui en sont victimes, alors que de nombreux finissent par faire partie de linconnu Quart-Monde.
Sil faut interpréter les faits, voici le voeu et le but de la congrégation des frères politiciens : "Obtenir, à force de se fondre et de se confondre aux Occidentaux, que les bienfaits de la civilisation occidentale soient loués." Voeu ambitieux ! mais combien noble et émouvant puisque cest substituer, sous prétexte de lamour de la patrie, une humanité à une autre en sincorporant à elle, presque un dédoublement ou une incarnation.
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