
L'abandon du projet de loi sur l'immigration porte un coup aux ambitions du président George W. Bush d'en faire un des succès de son dernier mandat, même s'il réjouit un bon nombre de ses partisans républicains.
La Maison Blanche tentait vendredi de sauver la face, depuis l'Allemagne, où M. Bush participe au sommet du G8.
"Il est évidemment déçu par ce revers, mais d'après les dernières informations dont nous disposons, il existe toujours une bonne chance que les choses avancent", a ainsi déclaré un de ses plus proches conseillers de M. Bush, Dan Bartlett, à Heiligendamm (nord-est de l'Allemagne).
Avec une cote de popularité au plus bas, et en toile de fond le bourbier irakien, M. Bush, qui a appelé de ses voeux un changement de politique migratoire depuis son arrivée à la Maison Blanche, escomptait pourtant bien une victoire sur le plan intérieur.
Sous sa houlette, plusieurs membres de son gouvernement, dont le secrétaire au Commerce, Carlos Gutierrez, étaient montés au créneau pour exhorter le Congrès à adopter en l'état la réforme de l'immigration. M. Bush avait même critiqué ouvertement les membres de son parti hostiles au projet de loi.
Le texte, visant notamment à régulariser quelque 12 millions de clandestins aux Etats-Unis, avait été présenté comme la plus importante réforme de l'immigration en près de 20 ans aux Etats-Unis.
Le leadership démocrate du Congrès a dénoncé les manoeuvres dilatoires de certains républicains qui ont présenté amendement sur amendement à un texte qu'ils n'avaient pas l'intention de voter.
Des sénateurs républicains ont affirmé pour leur part qu'ils avaient besoin de temps pour amender le texte que les plus conservateurs d'entre eux trouvent trop laxiste.
Une source parlementaire républicaine indiquait vendredi que "de part et d'autre, on voulait des choses complètement différentes et personne n'était enclin au compromis". "De telles divisions entre les parlementaires républicains montrent que ce dossier ne va plus avancer" avant la fin du mandat de M. Bush, a dit cette source à l'AFP.
Les parrains de la réforme, un groupe d'influents sénateurs républicains et démocrates qui ont travaillé d'arrache-pied jusqu'à la dernière minute jeudi soir pour sauver le fragile compromis, voulaient croire vendredi à la survie du projet.
"Le projet est sous perfusion, mais il n'est pas mort", a assuré le sénateur républicain Arlen Spector. "C'est un travail qui n'est pas terminé et nous allons le finir pour le bien du peuple américain" a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse au Sénat.
Le sénateur démocrate Edward Kennedy, qui a passionnément plaidé pour la réforme, reconnaissait vendredi "qu'il faut beaucoup de patience pour que les choses se fassent au Sénat américain".
"Les frontières sont cassées, le système d'immigration est cassé, les gens vivent dans la terreur. Il faut renforcer la loi, mais il faut aussi une politique juste et humaine pour traiter les gens" a-t-il dit.
Pour sa part, le sénateur républicain de l'Arizona (sud-ouest) Jon Kyl, exprimant sa "déception", a averti "des graves conséquences politiques" de l'abandon de la réforme.
La veille, Harry Reid, le chef de la majorité démocrate au Sénat, avait à nouveau demandé au président Bush qu'il fasse pression sur les républicains.
"Il a un temps relativement court pour nous aider", a-t-il dit.
La majorité des candidats républicains à la Maison Blanche en 2008 ont également pris leur distance avec le projet de réforme de l'immigration.
L'ancien maire de New York Rudy Giuliani a notamment critiqué "une loi qui ne donne pas la priorité à la sécurité des frontières".